La 5G : et si, enfin, on en débattait !

En catimini mais à marche forcée, à l’échelle mondiale, les gouvernements sont en train d’installer la 5ème génération de téléphonie mobile. Ceci en appui aux grandes entreprises technologiques.

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Généralement, quand on est face à un choix individuel ou collectif, il est nécessaire d’en évaluer les aspects positifs et les aspects négatifs, ce qu’on va gagner et ce qu’on va perdre, quels en sont les avantages et les risques, ce que cela va rapporter et les coûts que cela va engendrer…

Or la montée en puissance de cette nouvelle technologie se fait sans qu’aucun débat public d’aucune sorte n’ait lieu, sans qu’aucune évaluation sociale et sociétale mais aussi environnementale et sanitaire ne soit menée, sans que des discussions sur le modèle de développement à moyen et long terme que nous souhaitons ne soient tenues, sans que les alertes lancées sur ses multiples conséquences ne soient un tant soit peu écoutées… Cette mise en place se fait comme si les seuls à avoir voix au chapitre sont ses partisans et ses laudateurs. Généralement, ceux-ci représentent des intérêts privés – tendance néolibérale – dont l’objectif, le plus souvent (pour ne pas dire quasiment toujours), est uniquement à court terme et pour qui le futur de la Terre n’est aucunement une priorité. Et l’un de leur principal argument est : « les autres le font ».

En France, en pleine trêve des confiseurs (le 30 décembre 2019 pour être précis), le gouvernement a publié l’arrêté fixant les conditions de mise aux enchères des fréquences de la 5G. Initialement fixées au 21 avril et reportées en raison de la crise due à la Covid 19, les enchères se tiendront entre le 20 et le 30 septembre 2020.

Car il faut savoir que le déploiement de la 5G par les 4 opérateurs a déjà commencé dans notre pays. Des expérimentations sont même menées sur certains sites pilotes. Selon l’Autorité de régulation des communications électronique et des Postes – ARCEP – qui pilote le projet, les opérateurs pourraient lancer de premières offres commerciales 5G dans cinq à dix villes dès 2021 et les utilisateurs dans les zones urbaines et économiques (soit environ les deux tiers de la population) pourront disposer de la 5G pleine et entière en 2025. L’objectif est d’avoir un réseau 100% 5G d’ici à 2030.

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Cette technologie aura probablement des aspects positifs.

Nous aurons autour de nous de plus en plus de « choses intelligentes » avec qui nous serons constamment en relation : des maisons, des villes, des voitures (qui seront aussi autonomes), des routes et autoroutes, des usines, des robots, des appareils électroménagers, de multiples objets du quotidien. Tous contiendront des capteurs, détecteurs et autres micro-puces et tous seront connectés à Internet.

Et la 5G devant offrir des débits beaucoup plus élevés que la 4G, les milliards et les milliards et les milliards de données que cela nécessitera circuleront sans problème aucun.

Idéalement (et, c’est vrai, un peu caricaturalement), quand l’avant-dernier rouleau de papier hygiénique arrivera sur sa fin, son capteur commandera l’inscription de cet achat sur la liste des commissions. Et lorsqu’on passera à proximité du magasin ad hoc, notre voiture (autonome) fera un détour et s’arrêtera le temps qu’un drone vienne mettre dans le coffre un paquet de rouleaux. Arrivé chez nous, le robot domestique viendra prendre le paquet et positionnera les rouleaux aux endroits stratégiques. Un monde rêvé, quoi !

Plus sérieusement, des usages dans le domaine de la santé / la médecine ou dans celui de la connaissance de notre Terre et de ses mécanismes vont indéniablement aider l’humanité. Mais il faut que nous puissions choisir !

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Les aspects négatifs de cette technologie sont nombreux et de plus en plus documentés.

Le premier d’entre eux portent sur les conséquences sur notre santé et sur notre environnement.

Je veux me faire l’écho ici de l’appel lancé le 21 avril 2020 par des centaines et des centaines de médecins, de scientifiques et de membres d’organisations environnementales de 168 pays à destination de l’ONU, de l’OMS, de l’Union européenne et des gouvernements de tous les pays. Cet appel fait suite aux milliers d’études et de travaux menés et publiés depuis des années et qui se recoupent.

Les signataires mettent en avant la forte augmentation de l’exposition aux rayonnements de radiofréquence, tant par les antennes ‘terrestres’ que par un réseau d’environ 20.000 de satellites envoyant des faisceaux focalisés de rayonnement hyperfréquence intense au-dessus de toute la Terre. Ces rayonnements ne se substitueront pas à ceux induits par les réseaux de télécommunications 2G, 3G et 4G mais s’y ajouteront. Or la pollution électromagnétique est en partie la cause de grandes maladies de la civilisation moderne – le cancer, le diabète, les maladies de cœur. Elle est aussi à l’origine de dommages à l’ADN, aux cellules et aux organes d’une grande variété de végétaux et d’animaux.

Et vu la densité et la couverture espérées par les entreprises technologiques pour la 5G, pas un humain, pas un mammifère, pas un oiseau, pas un insecte et pas un brin d’herbe sur Terre ne pourra se soustraire à une exposition 24 heures sur 24 et 365 jours par an, au rayonnement de radiofréquence dont les niveaux pourraient être des dizaines, voire des centaines de fois supérieurs à ceux qu’on connait aujourd’hui.

En France, une analyse a été faite sur l’installation d’antennes relais par Orange à Marseille : la puissance des antennes 5G installées à ce jour émettent à elles-seules des rayonnements électromagnétiques deux fois plus forts que la somme des antennes relais des technologies 2, 3 et 4G réunies. Mais pour faire face au débit considérable d’informations, il sera nécessaire d’augmenter les puissances d’émission et d’installer des antennes supplémentaires ; et donc d’augmenter les rayonnements.

On ne peut pas, en outre, ne pas mentionner les problèmes d’addiction qui existent déjà et qui ne peuvent que se multiplier et s’amplifier. Ceci d’autant plus qu’ils touchent majoritairement les plus jeunes et les affectent tant psychologiquement et émotionnellement que physiquement, parfois de façon irréversible.

Un autre effet négatif de la 5G est son impact énergétique sur les opérateurs. Que ce soit au niveau des antennes, des stations de base et des équipements réseau mais aussi des centres de données, ceux-ci sont de très gros consommateurs d’électricité dont une part significative provient, il ne faut pas l’oublier, des énergies fossiles.

Juste trois chiffres pour se faire une idée de cet impact : au niveau mondial, la consommation totale d’énergie des centres de données est estimée à 2% de la consommation mondiale ; en France, Orange représente 0.5% de la consommation électrique nationale ; 70% de l’électricité consommée par les opérateurs l’est par les antennes mobiles.

Malgré les dénégations des opérateurs qui pointent la meilleure performance de leurs installations et équipements, il est attendu une multiplication par 3 de leur consommation énergétique en quelques années. Cela sera dû au déploiement d’un nouveau réseau d’antennes qui, étant de moindre portée, seront nécessairement bien plus nombreuses et sensiblement plus sollicitées pour obtenir une même couverture ainsi que par un développement important des centres de données appelés à traiter un nombre d’informations en hausse exponentielle.

En France, cela va représenter une augmentation de 2% de la consommation énergétique.

Les conséquences environnementales seront colossales. Pour pouvoir mettre en place cette nouvelle technologie, il va falloir fabriquer et produire.

Fabriquer et produire des antennes relais et des stations de base ; en France, les prévisions tablent sur 3000 sites en 2022, 8000 en 2024, 10 500 en 2025 où ne doivent être couvertes que les zones à forte densité de population. Combien en 2030 pour équiper la France entière ? Et combien pour couvrir toute la Terre comme le veulent nos sociétés de haute technologie et de télécommunication ?

Fabriquer, produire et lancer les 20.000 satellites (voire deux fois plus selon certaines sources) pour pouvoir assurer une bonne couverture même dans les endroits les plus reculés.

Fabriquer et produire des centaines de milliers de serveurs, systèmes de stockage, commutateurs de réseau, routeurs et autres équipements et installations permettant d’agrandir les centres de données et d’en créer de nouveaux. 

Fabriquer et produire des milliards de smartphones en remplacement des terminaux mobiles prématurément obsolètes du fait de leur incompatibilité à la 5G. Et il faut savoir que 80% de la dépense énergétique d’un smartphone se produit au moment de sa fabrication.

Fabriquer et produire des dizaines ou des centaines de milliards d’objets connectés de tous types et de toutes sortes car les gens vont être incités à s’équiper encore et toujours plus avec la 5G.

Ces fabrications et productions vont contribuer à épuiser les ressources non renouvelables comme les énergies fossiles, l’eau et les minerais (et notamment les métaux rares qui sont indispensables et, à ce jour, ne sont pas recyclables) ; à polluer les rivières et les fleuves tout comme les nappes phréatiques et à détruire les sols dans le cadre des processus d’extraction et de fabrication ; à accroitre la pauvreté et la désagrégation sociale dans certains pays extracteurs ou producteurs. Elles vont aussi, bien sûr, produire des émissions de gaz à effet de serre et donc, aggraver le réchauffement climatique.

Sans parler, bien évidemment, du nombre phénoménal d’équipements devenus des déchets qui, très souvent, sont peu, voire pas recyclables.

Les problématiques de fracture numérique vont être considérablement augmentés. Déjà que, tant au niveau mondial que national, la situation est préoccupante.

Dans son dernier Rapport sur le développement humain (décembre 2019), le Programme des Nations Unis pour le Développement (P.N.U.D.) analyse et quantifie, entre autres inégalités, la fracture numérique déjà existante. Dans les pays à développement humain faible (très très schématiquement, les pays les moins avancés), il y a 67 abonnements de téléphonie mobile pour 100 habitants contre 131.6 dans les pays à développement humain très élevé. La fracture est encore plus impressionnante encore concernant le très haut débit : le nombre d’accès pour 100 habitants est de 0.8 dans les pays où l’Indice de Développement Humain (I.D.H.) est faible contre 28.3 dans ceux où il est très élevé.

En France, la fracture numérique est bien plus importante que ce que le discours dominant et médiatique ne le laisse entendre. Ainsi, 18% des adultes n’utilisent jamais d’outils numériques ou se retrouvent bloqués en cas de difficulté ; dit autrement, cela veut dire que quasiment un adulte sur cinq n’a pas accès ou ne sait pas utiliser un ordinateur ou un smartphone ; et donc ne se servent pas d’internet. Près des 2/3 des personnes sans diplôme ne disposent pas d’un smartphone ; le taux de connexion à Internet de cette population est de 54% – tout juste un peu plus que la moitié – et est de 40 points inférieurs à celui des diplômés du supérieur. Tous s’accordent à reconnaitre que dans notre pays, les facteurs de discrimination sont multiples (géographiques, financiers, générationnels, éducatifs…) et souvent, se superposent.

L’inquiétude sur la juste distribution des gains de ce changement technologique est d’autant plus prégnante qu’il est craint que l’automatisation et l’intelligence artificielle finissent par supplanter l’être humain pour certaines tâches. Mais il est vrai qu’elles peuvent susciter une demande de main-d’œuvre. Encore faut-il que ce soit en créant de nouvelles tâches et que cela ne soit pas ‘que’ des emplois dans des entrepôts, des centres de données, des services de modération des contenus, des ateliers d’électronique, des mines de lithium et autres métaux et terres rares…

La question de la protection des données personnelles va se poser de façon encore plus aigüe qu’actuellement. Tous les acteurs de l’économie, de vraiment tous les secteurs, recherchent aujourd’hui des données, les fameuses datas ; pour les utiliser ! Que ce soient celles que nous donnons volontairement via les questionnaires traditionnels auxquels nous nous soumettons de bon gré ou celles qui sont collectées à notre insu et qui renseignent de façon très précise sur nos déplacements, nos habitudes, notre santé, notre comportement, nos centres d’intérêt, nos actes privés… Et comme il y aura encore plus de données collectées…

Le débat sur la protection des données qui n’en est encore qu’à ses balbutiements, doit avoir lieu en parallèle avec celui sur la 5G !!! Car l’exploitation du big data peut donner lieu au meilleur mais aussi au pire, aussi bien du point de vue individuel que collectif.

Que diriez-vous si, demain, votre assureur ou votre mutuelle vous disait : « vous avez pris 10 kilos, vous ne faites pas assez de sport et vous mangez trop gras, j’augmente votre prime d’assurance. ». Ou s’il vous annonçait : « vous allez tous les 15 jours dans un centre anticancer. Je résilie votre contrat. »

Voyez aussi les dérives sécuritaires et anti-démocratiques – pour ne pas dire dictatoriales – au Xinjiang en Chine ou les problèmes liés à la reconnaissance faciale aux Etats-Unis (où plusieurs villes ont interdit son utilisation par les forces de police).

La cybersécurité est de même une problématique importante. L’augmentation du nombre de logiciels utilisés (chaque usage aura ses logiciels dédiés et dérivés) et du nombre d’objets connectés à Internet (des dizaines de milliards) vont multiplier de façon très importante les points par lesquels les hackers pourront s’introduire dans les systèmes, les compromettre, les mettre à mal, les détruire ; voire les utiliser à leur profit – et au détriment des autres. 

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Tout le monde s’accorde pour dire que le déploiement de la 5G va induire, en quelques brèves années, des changements sociaux / sociétaux, sanitaires, environnementaux d’une importance et d’une ampleur extraordinaires.

Il ne faut pas laisser quelques-uns, mus uniquement par des motifs économiques et financiers égocentrés et à court terme, décider pour 7.8 milliards d’êtres humains !

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L’écologie et l’environnement vont-ils être sacrifiés sur l’autel d’une reprise économique rapide et surtout néolibérale ?

L’écologie et l’environnement vont-ils être sacrifiés sur l’autel d’une reprise économique rapide et surtout néolibérale ?

C’est la question que l’on peut se poser quand on regarde les dispositions de certains décrets et ordonnances passés au nom de la crise sanitaire. Et ceci, d’autant plus quand on voit que tout ce que Paris, Bruxelles et Strasbourg comptent de lobbyistes de tous les secteurs industriels et de toutes les organisations patronales, s’active contre les règles et les normes environnementales. Celles qui sont en discussion à l’heure actuelle ; celles dont la mise en œuvre doit intervenir prochainement ; mais aussi celles déjà appliquées et qu’il faudrait suspendre !

Voici trois exemples qui suscitent mon irritation et aussi mon inquiétude.

Le premier a fait l’objet de mon article du 27 mai, ‘Enquêtes publiques sans public’. En résumé, j’y montrais comment ce gouvernement Macron / Philippe avait modifié subrepticement les modalités et les délais des enquêtes publiques et rendait ainsi la participation à ces consultations du public, en particulier des associations environnementales, d’usagers et de riverains concernées, quasiment impossible. C’est en fait le moyen, en empêchant toute discussion et toute contradiction, de faire passer en force des projets déjà anciens pour lequel il n’y avait aucune nouvelle urgence et, surtout qui sont fortement contestés sur le plan environnemental. Comme s’en est ému France Nature Environnement à la parution de ce décret du 21 avril 2020, c’est en fait « pour autoriser au plus vite des projets destructeurs ».

Cette méthode est aussi fortement contestable du point de vue démocratique. C’est comme si la participation du public était considérée comme une formalité ennuyeuse et une obligation contraignante et chronophage dont il faut s’acquitter le plus vite possible, comme un frein inutile, comme une gêne. C’est pourtant à l’occasion de ces enquêtes publiques que les riverain(e)s et les usagé(e)s, tout simplement les citoyen(ne)s, peuvent prendre connaissance des projets, les étudier, les critiquer, faire des propositions, voire les combattre. C’est pourtant l’expression et l’usage de la démocratie !

[ Je vous invite, si vous voulez plus de précisions, à relire cet article : https://laurent-dicale.fr/2020/05/27/enquetes-publiques-sans-public/ ]

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Le second exemple porte sur les antennes-relais dont l’installation a été simplifiée pour faire face, nous a-t-il été expliqué quand cela a été décidé, à l’accroissement de l’usage du numérique.

Il faut savoir que l’implantation des antennes-relais est strictement encadrée et qu’une information des publics est prévue. Or, avec cette ordonnance 2020-320 du 25 mars 2020, les opérateurs vont pouvoir s’affranchir de plusieurs règles environnementales et sanitaires.

Concrètement. Son 1er article permet de déroger aux règles habituelles imposées par le code de l’urbanisme. Les opérateurs n’ont ainsi plus l’obligation de transmettre le dossier d’information relatif à l’installation ou à la modification d’antennes-relais aux maires concernés et donc, par voie de fait, à leurs administrés. Tous seront mis devant le fait accompli !

L’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) a la réputation de contrôler scrupuleusement l’installation de chaque antenne. Elle veille notamment au respect des valeurs limites d’exposition des citoyens aux champs électromagnétiques. L’article 2 permet dorénavant aux opérateurs de se passer de l’accord de l’AFNR et de prendre toute décision d’implantation comme cela leur convient. Bien évidemment, sans aucune surveillance sanitaire ! C’est-à-dire que ces antennes pourront être installées sans qu’aucune vérification du niveau des ondes électromagnétiques émises ne soit effectuée. Il n’est pas inutile ici de rappeler que le seuil d’émission qui ne doit pas être dépassé, est plus élevé en France que dans d’autres pays européens.

L’article suivant prévoit la réduction à quarante-huit heures (sic !) du délai d’instruction des demandes de permissions de voirie. Et nous atteignons là un sommet dans l’hypocrisie !!! « Le silence gardé par l’autorité au terme de ce délai vaut acceptation. ». Comme si les services administratifs des communes, des inter-communalités, des départements, des préfectures n’avaient que ça à faire en cette période ! Il aurait été plus honnête d’écrire : « en termes de voirie, les opérateurs font ce qu’ils veulent ! »

Mais un point qui est particulièrement inquiétant et choquant et sur lequel plusieurs associations s’alarment, c’est que si, en théorie, ces dérogations sont censées s’appliquer uniquement à la période d’état d’urgence sanitaire et à seule fin d’assurer la continuité du fonctionnement des services et réseaux, l’absence de cadrage ouvre la possibilité pour les opérateurs de pérenniser les antennes nouvellement installées et celles modifiées.

Cette ordonnance est en fait une véritable aubaine pour les opérateurs qui peuvent installer de nouvelles antennes, augmenter la puissance des antennes existantes voire (et quel rapport avec la crise sanitaire que nous connaissons ?) anticiper le déploiement de la 5G.

Nous sommes dans un état de droit. Nous sommes dans un état démocratique. Il faut que nous sachions quelles ont été les antennes installées et modifiées durant cette période. Et il faut qu’elles soient contrôlées, notamment en ce qui concerne les émissions d’ondes électromagnétiques.

Et il faut que toutes les installations qui n’ont pas été installées ou modifiées afin d’assurer le fonctionnement des services et des réseaux de communications électroniques (je pense en particulier aux antennes pour la 5G et à celles ne respectant pas les règles d’urbanisme) soient démontées !

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Le troisième et dernier exemple que je veux mentionner ici est le décret du 8 avril 2020 donnant aux préfets des droits de dérogation aux normes réglementaires nationales pour tenir compte des circonstances locales dans, entre plusieurs autres champs d’application tout aussi vastes, les domaines de l’environnement, de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’agriculture. Ceci bien entendu, en vue de faciliter la reprise économique !

Ce décret reprend à l’identique une expérimentation menée pendant deux ans dans 2 régions, 17 départements et 3 territoires ultra-marines. A l’époque, ce décret d’expérimentation avait soulevé de nombreuses inquiétudes et suscité une forte polémique.

Le gouvernement Macron / Philippe affirme que le résultat de cette expérimentation est très positif. Mais il n’a fourni aucun rapport d’évaluation, aucune indication quant à la nature et au nombre des dérogations accordées (un décompte partiel connu montre qu’un tiers environ des arrêtés préfectoraux concerne des normes environnementales) ni aucun recensement des motifs d’intérêt général qui les ont justifiées. Il ne fait pas état, non plus, des contestations et des contentieux auxquels les dérogations ont donné lieu. Tout cela est pourtant bien prévu à l’article 5 du décret de 2017 relatif à cette expérimentation territoriale.

Et malgré toute l’importance des sujets environnementaux et climatiques actuels, ni les autorités environnementales, ni le public au travers notamment des associations et organisations écologiques et environnementales n’ont été consultées avant la publication de ce texte.

Dans le domaine qui nous intéresse ici, l’environnement, ce décret permet aux préfets de déroger aux normes environnementales ; il ouvre ainsi la boite de Pandore aux projets polluants et dévastateurs en termes écologiques. Concrètement, il permet aux préfets de restreindre la durée d’une enquête publique (cela a été utilisé pour les enquêtes publiques autorisées à reprendre par le décret du 27 mai ; cf. supra), passer outre une étude d’impact, limiter certaines consultations préalables et même déroger aux règles théoriquement strictes concernant les installations qui peuvent présenter des dangers ou des nuisances pour, entre autres, la protection de la nature et l’environnement (cf. aussi ci-dessus).

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Le 27 mai, plusieurs associations ont attaqué en justice ce décret qui représente un véritable sabotage du droit de l’environnement et qui constitue un ‘magnifique cadeau’ aux professionnels de l’immobilier, de la construction et des travaux publics ainsi qu’aux lobbies agro-industriels.

On ne peut qu’espérer que cette action ait une issue positive et qu’elle mette un frein à la tendance actuelle de ce gouvernement d’assouplir toujours plus les normes et règles du droit de l’environnement en vigueur.

On doit aussi veiller à ce que, au nom de la relance économique, on n’abandonne pas en France (et en Europe) toute ambition environnementale, climatique, de transition écologique, de transition énergétique.

La stratégie du choc ? Et maintenant, si nous faisions un ‘autre’ choc ? (3/3)

[ Suite des articles :

« la stratégie du choc ? Qu’est-ce réellement » (lien : https://laurent-dicale.fr/2020/06/02/la-strategie-du-choc-quest-ce-reellement/ )

Et de « La stratégie ? ça continue et certains veulent que cela continue encore plus ( lien : https://laurent-dicale.fr/2020/06/06/la-strategie-du-choc-ca-continue-et-certains-veulent-que-cela-continue-encore-plus-2-3/ ) ]

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Et aujourd’hui ?

Et maintenant ?

Certes, nous sommes a priori sortis de la crise sanitaire ; mais nous sommes aussi entrés dans une crise économique et une crise sociale qui s’annoncent toutes deux de grande ampleur ! Et qui s’ajoutent aux crises environnementale, sociale, climatique, éthique… que nous connaissons déjà.

En France, en Europe, de par le monde, nous sommes à un embranchement extrêmement important, face à un choix primordial.

D’un côté, un choc néolibéral dans sa plus pure tradition, dans la droite ligne de ce que préconise l’Ecole de Chicago et les néolibéraux.

De l’autre côté, un autre choc. Un choc que je qualifie (par ordre alphabétique) de climatique, d’environnemental, d’humaniste (dans le sens de placer l’humain au centre, d’en faire la priorité) et de social.

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En France, mais aussi en Europe, le choc néolibéral bénéficie de l’appui de nos dirigeants – dans la droite ligne des politiques qu’ils mènent depuis des décennies – et des législations et règlements qu’ils ont mis en place depuis des années et des années. Tous ont eu pour but de faciliter la vie (et favoriser les profits) des entreprises, plus spécialement les plus grosses et de permettre aux plus riches d’accumuler toujours plus de biens et d’avoirs. Est-il utile, à la fin de cette seconde note, d’en présenter une fois encore les conséquences ? Chacun les a bien en tête.

Ce choc néolibéral conduira à un jour d’après bien pire que le jour d’avant !

Nous devons être prêts à combattre toutes les mesures contribuant à ce choc néolibéral, sans relâche, sans fléchir, par tous les moyens à notre disposition.

Tout en sachant que les zélotes du néolibéralisme (i.e. notamment nos gouvernants, malheureusement !) vont essayer d’instaurer, aussi, le choc de la peur. Peur de perdre SON emploi – le mien, pas celui de mon voisin ou de l’autre, le Mien –, et plus généralement, la peur du chômage ; la peur de la perte du pouvoir d’achat ; la peur de la ‘récession’ ; la peur de la perte de compétitivité ; la peur d’encore plus d’austérité ; la peur des forces de l’ordre et de la Justice ; mais aussi la peur de l’Autre, la peur de l’inconnu, la peur du changement… Toutes les peurs qui pourront être mise en avant pour que nous ne protestions pas, pour que nous acceptions sans rien dire ce que ces fanatiques du capitalisme néolibéral veulent nous imposer, seront agitées !

Ce choc néolibéral a déjà commencé. Un exemple ?

Des entreprises, dont certaines de taille significative, ont d’ores et déjà annoncé qu’elles allaient utiliser le chantage à l’emploi une possibilité ouverte par les ordonnances Pénicaud modifiant le Code du travail de 2017 : les ‘accords de performance collective’ (expression qui constitue sans doute l’un des sommets de l’hypocrisie de la novlangue de ce gouvernement). Elles ne font toutefois que répondre ainsi à la suggestion de Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, qui ‘(a appelé) les entreprises en difficulté à négocier des accords de performance collective’.

Le principe est vraiment, vraiment tout simple ! Le dirigeant dit : « on va négocier, bien sûr. Mais si vous ne voulez pas que je licencie 5% du personnel (ou 10% ou…), vous devez accepter une baisse de votre salaire de 5% (ou 10% ou…) pendant 5 ans. On va devoir aussi modifier votre durée de travail et ses modalités d’organisation. Il n’est pas exclu aussi que nous procédions à votre mutation professionnelle et/ou géographique. Bien sûr, je ne peux pas vous garantir que, pendant cette durée de 5 ans, nous ne serons pas conduits à procéder quand même à votre licenciement ou à envisager un nouvel ‘accord de performance collective’. Pendant ces 5 années toutefois, je continuerai à distribuer des dividendes, des stock-options et des bonus ainsi qu’à utiliser la trésorerie pour racheter des actions de l’entreprise afin que son cours en Bourse monte. Et puis, pour les investissements productifs et autres, on verra plus tard.

Eh ben, voilà ! Ah oui ! Si vous refusez de signer cet accord, je serai obligé, contraint, forcé (snif ! snif ! ; énormes larmes de crocodile en très grand nombre), de licencier 5% ou 10% de vos collègues ; et sans doute encore plus demain. Pensez à vous, à votre famille, à ce qui vous arrivera si vous êtes licencié ! Et ne soyez pas un salaud égoïste ; pensez aussi à vos collègues. Allez, signez ! »

Quel horrible chantage ! Quel ignoble outil ce gouvernement Macron / Philippe a-t-il mis dans les mains des plus zélotes des néolibéraux !

Ce gouvernement va bien sûr nous expliquer – certains de ses membres ont déjà commencé à le faire – que tout cela est fait dans l’unique objectif de préserver l’emploi. Pas de permettre à l’entreprise de faire porter par les salariés les difficultés de la crise, d’améliorer sa rentabilité et de réaliser rapidement plus de profits. Non, va-t-il marteler, il faut préserver l’emploi !

En fait, une politique totalement néolibérale, faussement annoncée mais totalement assumée. Toutefois, vu le contexte national et international actuel et les caractéristiques de cette crise économique, cette politique, qui est typiquement tirée de l’Ecole de Chicago et qui est la simple poursuite de celle menée avant la crise sanitaire, est très certainement vouée à l’échec ; nous serons alors tous perdants. Elle montre aussi que ce gouvernement ne semble pas avoir véritablement pris conscience des multiples et importants enjeux auxquels nous sommes confrontés.

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Les propositions pour que le jour d’après soit meilleur que le jour d’avant, pour que nous fassions un choc climatique, environnemental, humaniste et social sont nombreuses et couvrent vraiment tous les domaines. Elles permettent aussi de résoudre dans de bien meilleures conditions la crise économique actuelle, tant à court terme que sur le plus long terme tout en résolvant les enjeux et défis actuels. Elles émanent d’associations et d’organisations de la société civile œuvrant dans de multiples champs d’activité, de think-tank anciens ou qui se sont constitués plus récemment, de syndicats, de partis politiques (hum ! dont certains ont pourtant participé à la montée du néolibéralisme ces dernières années), d’économistes, de sociologues, de financiers, de philosophes, d’intellectuels, de journalistes…

Je n’ai pas la fatuité de vouloir présenter toutes ces propositions ou d’en synthétiser une présentation. Mais nous en connaissons tous certaines, voire un grand nombre. Et je suis persuadé que celles-ci suscitent votre adhésion, si ce n’est votre enthousiasme.

Nous devons être prêt à œuvrer, à agir pour que ces propositions soient étudiées, discutées, améliorées si besoin puis mises en œuvre. Réellement, concrètement mises en œuvre !

Et nous devons être prêts à combattre par tous les moyens non-violents à notre disposition mais avec courage et de façon ferme et résolue, toutes les mesures visant à amener un choc néolibéral.

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Vraiment !!! Faisons un CHOC CLIMATIQUE, ENVIRONNEMENTAL, HUMANISTE ET SOCIAL.

Enquêtes publiques « sans » public

Le gouvernement profite du confinement pour imposer des projets néfastes pour l’environnement et ainsi faire passer en catimini des projets fortement contestés.

Pour cela, ce gouvernement Macron / Philippe permet de mener des enquêtes publiques, ‘sans public’. Il fallait y penser, n’est-ce pas !

Les enquêtes publiques avaient été suspendues au début de la crise sanitaire. Mais le décret pris le 21 avril 2020 dans le prolongement de deux ordonnances publiées les semaines précédentes, autorise nommément plusieurs d’entre elles, à reprendre leur cours, compte tenu (je cite) « des enjeux de protection des intérêts fondamentaux de la Nation, de sécurité, de protection de la santé et de la salubrité publique, de sauvegarde de l’emploi et de l’activité et de préservation de l’environnement ». Il faut oser citer la protection de l’environnement quand on voit les projets concernés !

Mais là où, surtout, le bât blesse, c’est que ces enquêtes publiques devront se tenir uniquement sous forme dématérialisée. Pas de réunions publiques, pas de rencontres avec les parties concernées, pas de consultation en mairie des dossiers ; tout doit se faire par internet ! Et plus vite qu’avant !

« La participation du public est-elle considérée comme un frein inutile et un droit secondaire ? », déplorent conjointement la Compagnie nationale des commissaires-enquêteurs (CNCE) et la Commission nationale du débat public (CNDP). « C’est comme si la consultation du public était une formalité dont il faut s’acquitter le plus vite possible » dénonce l’association France Nature Environnement (FNE).

Les délais ont aussi été considérablement raccourcis. Ceci alors même que ces projets datent de plusieurs années et qu’ils sont confrontés à une opposition particulièrement forte des associations écologiques. Pourquoi une telle urgence maintenant ? Est-ce parce que, ‘comme avant’, ce gouvernement Macron / Philippe ne sait pas résister aux pressions des lobbies qui le demandent afin que, soi-disant, la reprise économique soit facilitée ? C’est en fait « pour autoriser au plus vite des projets destructeurs », s’insurge France Nature Environnement (FNE).

Prenons l’exemple de la centrale électrique du Larivot, en Guyane, pour l’installation de laquelle il faut « remblayer 24 hectares de mangrove (…) au milieu de nulle part », résume le porte-parole de FNE Guyane. La préfecture a décidé que l’enquête publique se tiendrait du 15 mai au 15 juin, de manière totalement dématérialisée en raison de la situation sanitaire. Pour ce projet où « il n’y a plus d’urgence depuis longtemps », le dossier d’enquête publique qu’il faut télécharger « fait 4.000 pages réparties en 70 dossiers. » Dossier « à lire en seulement un mois. On nous fait passer le projet en force ! ».

[ Au fait, c’est bien Emmanuel Macron qui se posait en donneur de leçons face à Jair Bolsonaro sur la destruction des espaces naturels ? ]

Mais on pourrait aussi citer le projet de l’élargissement de la RCEA (Route Centre-Europe Atlantique) dans l’Allier et de l’agrandissement de la carrière qui doit approvisionner le chantier. « Le projet date d’il y a plus de vingt-cinq ans ! Mais aujourd’hui tout est prêt à démarrer » constate le président de France Nature Environnement dans l’Allier. Il rappelle que l’Autorité environnementale (autorité de l’Etat compétente en matière d’environnement) a été très sévère sur la pauvreté du dossier en ce qui concerne les conséquences environnementales de cette future autoroute et que son président en recommandait la reprise complète. Dans Sa Grandeur, la préfecture a décidé de prolonger l’enquête jusqu’au 5 juin et indique que la tenue de réunion en présentiel dans les mairies concernées pourra être envisagée le moment venu, « sous réserve de la situation sanitaire » (sic !).

Ou encore de l’enquête publique sur la ligne 18 du Grand Paris Express à laquelle les associations environnementales s’opposent car, entre autres, elle pourrait faciliter l’urbanisation de terres agricoles sur le plateau de Saclay. Ou celle de l’usine à frites du port de Dunkerque alors qu’on connait les importantes nuisances environnementales causées par une usine similaire en activité en Belgique. Il faut signaler ici que la Préfecture a autorisé les participations du public non seulement par internet mais aussi… par courrier. C’est généreux, n’est-ce pas ? Et cela accroît considérablement le caractère démocratique de cette consultation.

Mais surtout, ces nouvelles pratiques d’enquêtes publiques où, sous le prétexte fallacieux de faciliter la reprise économique après le confinement, on fait le moins de place possible à la participation du public au motif que cela prend du temps, sont-elles limitées à la période de la crise sanitaire ou deviendront-elles la règle ?

Le caractère démocratique de ces consultations va-t-il être sacrifié sur l’autel du profit à court terme ? Car c’est à l’occasion de ces enquêtes publiques que les riverain(e)s et les usagé(e)s, tout simplement les citoyen(ne)s, peuvent prendre connaissance des projets, les étudier, les critiquer, faire des propositions, voire les combattre.

Cela sera-t-il comme avant ou pire ? Car, là, vu ce qui se passe, on ne peut que très difficilement imaginer que cela sera mieux qu’avant, tant du point de vue démocratique qu’environnemental.