Qu’est-ce qu’une amende dissuasive ? Quelques jongleries autour des sommes de 135 € et 1500 €

« Il y aura des contrôles. […] Il y aura des amendes […] de 135 euros qui est celle qui prévaut aujourd’hui pour les masques ou pour les restrictions qui sont déjà observées. […]. En cas de récidive, ce sera 1500 euros. […] Cela doit être dissuasif ! »

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Voilà ! L’amende sera de 135 € ; certains au Gouvernement pensent d’ailleurs qu’elle n’est pas assez élevée et qu’il faudra « la renforcer ». Et en cas de récidive, cela sera 1500 €.

1500 € car il faut que cela soit ‘dis-su-a-sif’ comme l’a martelé Emmanuel Macron. Mais qu’est-ce une amende dissuasive ?

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Je suis prêt à parier que, comme certains d’entre eux ont eu des amendes pour non-respect du confinement, des SDF vont être condamnés à payer 135 € pour non-respect du couvre-feu. Je crains en effet que certains membres des forces de l’ordre, salissant plus qu’honorant leur uniforme et leur fonction, vont abuser de leur pouvoir pour mettre des amendes à ces personnes déjà dans la plus grande misère. Mais, de toute façon, au point où ils en sont, 135 € ou 1500 €, ils s’en moquent !

Le montant forfaitaire du RSA est de 564 € ; ce n’est pas énorme ! Montant d’ailleurs que le gouvernement vient de refuser d’augmenter. A noter également que cela correspond à peu de choses près au revenu moyen des auto-entrepreneurs. Mais, bref ! Une amende de 1500 €, c’est donc presque trois mois de revenus. On ne peut pas nier que c’est très dissuasif ! Mais on peut s’attendre à ce qu’ils ne la payent pas ; ce qui est on ne peut plus normal.

Le Gouvernement a annoncé le versement d’une aide exceptionnelle de solidarité de 150 € à tous les bénéficiaires du RSA. Attention donc à l’établissement des ausweis attestations quand ces personnes devront sortir « dans un cas de bon sens » pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron ! Car une attestation mal remplie, c’est quasiment toute cette prime qui y passe.

L’amende sera aussi dissuasive pour une personne payée au SMIC (1219 €) : un mois de salaire ! Ces salariés dont un certain nombre travaille de nuit ou en horaires décalés, devront aussi prêter la plus grande attention à la façon dont ils remplissent leur attestation. On a vu lors du confinement toutes les interprétations que certains policiers et gendarmes étaient capables de faire pour pouvoir coller une amende.

Le dernier salaire médian net en France connu est celui de 2016 (pour rappel, 50% des salariés gagnent plus et 50% des salariés gagnent moins) : il s’établissait alors à 1789 €. 1500 € soit quasiment un mois de salaire constitue, c’est indéniable, un montant dissuasif pour la moitié de nos concitoyens !

Peut-on dire qu’une amende correspondant à la moitié d’un mois de revenus (tous les revenus) soit dissuasive ? Je pense que oui ; c’est même absolument énorme. Cela correspond à 3000 € de revenus par mois !

Eh bien, seuls 17% des salariés touchent plus de 3000 € par mois. Dit autrement, pour 83 % des salariés – qui n’ont pas ou très peu de revenus du capital ou de revenus immobiliers, une amende de 1500 € représente plus d’un demi-mois de salaire !!!

Et je ne parle pas de l’agriculture où le revenu courant avant impôts (RCAI) par actif non salarié des exploitations tournait en 2018 autour de 2500 euros par mois (avant cotisations sociales – sachant que 15 à 20% selon les années des agriculteurs ont des revenus nuls ou déficitaires). Amies agricultrices et amis agriculteurs, évitez d’aller au restaurant ou chez des amis en ville ! Ou alors, mettez quelques cageots dans le coffre et dites que vous êtes allés livrer des produits de votre exploitation.

Dans le commerce et l’artisanat qui sont très très très touchés par la crise actuelle, les revenus sont très contrastés et il est peu pertinent de vouloir donner un montant moyen. Certaines professions gagnent très bien leur vie mais d’autres, beaucoup d’autres, tirent le diable par la queue !

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Mais allons maintenant de l’autre côté. Du côté des 1%.

D’après une étude de l’INSEE datant de 2018 mais qui porte toutefois sur les revenus et le patrimoine des ménages en 2015, au‑dessus de 106 210 euros de revenu initial par unité de consommation (UC), une personne se situe parmi les 1 % de la population ayant les revenus les plus élevés.

Cela correspond à un revenu mensuel de 8 850 euros pour une personne seule et de 18 590 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Payer 1500 € ? Cela correspond à 17% du revenu mensuel ; c’est, je pense, supportable.

Pour bien appréhender la répartition des revenus en France, il faut aussi voir que 9 % des personnes ont des revenus initiaux par unité de consommation compris entre 45 220 € et 106 210 €. Et que 90 % ont un revenu initial par UC inférieur à 45 220 euros. Ce qui correspond à un revenu perçu avant toute imposition directe (impôts sur le revenu, taxe d’habitation, CSG et CRDS) et perception des prestations sociales mais nets de cotisations sociales de 3768 € ; en gros, 3 fois le SMIC.

Mais affinons.

Les 0,01 % de personnes ayant les revenus les plus élevés perçoivent plus de 699 230 euros par an. Et les revenus des 0.09% suivants sont compris entre 259 920 € et 699 230 €.

Pour les premières, 1500 € ne se compare même pas à un jour de revenu : 0.8 jour pour les plus ‘pauvres’ d’entre elles pour être précis. Pour les secondes, cela se situe entre 0.8 et 2 jours de revenu. C’est cela qu’Emmanuel Macron juge dissuasif ?

Et ces inégalités se sont aggravées depuis 2015. Le second rapport (datant tout juste d’il y a quelques jours) du Comité d’évaluation mis en place à l’occasion de la suppression de l’ISF et de l’instauration d’une ‘flat tax’ sur les revenus du capital qui s’est substituée à la taxation selon le barème progressif de l’impôt sur les revenus, vient de sortir. Il dépeint avec précision le profil des bénéficiaires de ces réformes : ce sont les plus riches, les 1%, et même plutôt les 0.1% ! Car selon les dernières statistiques, les 0.1% les plus riches d’aujourd’hui sont un quart de fois plus riches que les 0.1% de 2017.

Ce que l’on sait aussi, c’est que la suppression partielle de l’ISF a permis aux personnes concernées de voir leur imposition baisser, en moyenne, de 10 000 euros. En moyenne ! Presque 7 fois une amende à 1500 € ! Avec un gain de 1,2 million pour les 100 plus gros contribuables ; il vaut mieux ne pas calculer !

Je dois préciser aussi, même si c’est un autre sujet, que ce rapport montre que les promesses faites par Emmanuel Macron – à savoir que l’investissement productif serait boosté et que la fortune des plus riches ‘ruissèlerait’ dans toute l’économie – ne sont pas là. Et je ne crains pas de m’avancer en affirmant qu’elles ne seront jamais réalisées.

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Que dire pour conclure ? D’une part, une amende représentant ½ mois de salaire comme c’est le cas pour 83% des françaises et des français ; et qui même, pour un grand nombre, correspond à un mois, voire 3 mois de salaires. De l’autre, un montant qui se compare à moins de 2 jours de revenus.

Pour une très très grande majorité des françaises et des français, une amende de 1500 € en cas de récidive a un caractère très dissuasif.

Mais ce caractère dissuasif ne concerne pas du tout ceux qui, depuis plus de 3 ans maintenant, bénéficient des cadeaux du Président de la République. Cela ne concerne pas du tout les amis d’Emmanuel Macron, les hyper-riches, les super-riches et les très riches. Cela ne concerne pas du tout les 1%.

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En fait, tout cela est désespérément triste !

Mais surtout, dans les différents sens que peut prendre ce verbe, ne nous laissons pas abattre 😊

Ça y est ! On est (presque) reconfiné !

Emmanuel Macron en a décidé ainsi. Dans toute l’Ile-de-France et dans 8 grandes métropoles, il est interdit de circuler de 9 h du soir à 6 h du matin. Et on revient une fois encore dans la rhétorique guerrière : on a un couvre-feu. Là, on ne nous demande pas d’occulter toutes les lumières pouvant aider l’aviation ennemie, celle de la sournoise et perfide Cofidie-19, à nous bombarder ; mais on n’en est pas loin.

En fait, tous les organes de propagande officielle nous en avaient informé. Il y a plusieurs jours que le couvre-feu est annoncé et que les polémiques stériles fleurissent ! Il commencera à 20 h ; non à 22 h ; non, à 21 h. Et il se terminera à 6 h ; non, à 5 h. Aucune analyse de fond de nos médias mainstream quant à la pertinence et à l’efficacité de cette mesure ; juste des chicaneries et des ergoteries, le fond de la mesure ayant été validé sans aucune réflexion.

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Donc après la distanciation sociale, l’isolation sociale, la non-vie sociale. N’allez plus au restaurant, dans un bar, au cinéma, au théâtre, à la salle de sport, en boite de nuit, à un concert ou à n’importe quel spectacle, dans un musée ou un quelconque lieu culturel… N’allez plus chez des amis ou voir votre famille. Surtout, continuez à aller travailler, à aller à l’école ou à l’université, à prendre les transports en commun. Mais n’ayez aucune vie sociale !

En fait, quand on regarde la répartition des clusters par type de collectivités établie par Santé Publique France, 25% se trouvent sur le lieu de travail (‘entreprises privées et publiques’) et 21% dans le milieu scolaire et universitaire. Mais ces clusters-là ne seront pas affectés par les dispositions prises. Par contre, les ‘évènements publics ou privés : rassemblements temporaires de personnes’ selon la terminologie officielle qui constituent 10.3% de l’ensemble des clusters (à la 4ème place), il faut s’y attaquer.

En fait, l’excuse (oserais-je dire la tentative de parade ou même de camouflage) face à cette simple constatation est de dire, comme cela circule dans les sphères gouvernementales, que la plupart des personnes qui entrent à l’hôpital ces derniers temps pour cause de contamination au Covid-19 affirment avoir participé à une soirée quelques jours plus tôt. Ils ne sont pas allés travailler, ils ne sont pas allés à l’université. Non ! ils ont participé à une soirée avec des amis ou de la famille quelques jours avant ! C’est tout : et c’est là qu’ils ont contracté la maladie.

Et pour bien affirmer cela, des voix dites expertes (i.e. des ‘prostitué(e)s de la Macronie), parlent maintenant d’ ‘angles morts dans les politiques de repérage’. Ce qui, en fait, n’a d’autre but que de cibler la sphère privée.

[ Une parenthèse pour préciser que le troisième secteur dans lequel les clusters sont déclarés depuis le déconfinement de mai dernier est celui des établissements de santé (11.3%). Vraiment triste car je ne peux m’empêcher de penser que ce sont les personnels soignants, les ‘premiers de cordées’, qui sont ici touchés. Eux qui ne cessent de clamer semaine après semaine, mois après mois, leur épuisement moral et physique. Sans aucun écho du gouvernement ! ]

Enfin, j’exagère. On peut continuer à avoir une vie sociale. Mais pas à plus de 6 personnes, que ce soit chez soi ou dans la rue.

Une question : si un cor-beau ou une cor-belle (féminin de corbeau comme nous le savons tous) appelle (anonymement bien sûr) la Police pour ‘signaler de façon très citoyenne’ un rassemblement de plus de 6 personnes chez son voisin ou de l’autre côté de la rue, que se passera-t-il ? Les forces de l’ordre pourront-elles faire irruption dans un domicile privé ? Pourront-elles condamner à une amende de 135 € chaque participant ? Voire à une contravention d’un ‘montant dissuasif en cas de récidive’ si j’ai bien compris Emmanuel Macron ? Dissuasif d’ailleurs pour les classes moyennes ou laborieuses mais pas pour les hyper-riches, super-riches et autres très-riches que choient sans cesse notre Président de la République.

Et la question va se poser quand les gens voudront manifester. Je vois d’ici les interdictions au nom de la pandémie ; et les violences et les amendes qui vont pleuvoir sur les personnes souhaitant exercer malgré tout ce droit dans notre pays qui est encore celui des libertés.

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Comment en est-on arrivé là ? C’est en fait la conséquence d’un double échec.

J’exonère partiellement (j’ai bien dit partiellement) Emmanuel Macron du premier échec : le manque de moyens humains et matériels, le manque de places dans les hôpitaux. Nicolas Sarkozy a décidé que l’hôpital devait être géré comme une entreprise dont le but ultime est la rentabilité. François Hollande a poursuivi cette politique tout comme Emmanuel Macron. Et ceci, malgré son crédo que « la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. » (Oh combien je suis d’accord avec cette affirmation).

Mais là où je n’exonère pas Emmanuel Macron, c’est qu’il a poursuivi cette politique mortifère (sans jeu de mots). Mais encore plus, c’est que ce qu’il donne d’une main (5.2 milliards de dépenses supplémentaires programmées par le Ségur de la santé signé en juillet avec les syndicats), il le reprend de l’autre. La loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2021 présentée début octobre prévoit près de 1 milliard d’euros d’économies dans les établissements de santé. Combien de lits, combien de personnels, combien de revalorisations salariales, combien d’investissements promis sont ainsi supprimés au nom de l’ONDAM – l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie – créé sous Nicolas Sarkozy et que ni François Hollande, ni Emmanuel Macron n’ont depuis remis en cause ?

Et puis, cette seconde vague dont on nous parle depuis des mois, pourquoi le gouvernement ne l’a-t-il pas anticipé ? Pourquoi n’a-t-il pas dans l’urgence ouvert des lits ? Ceci étant dit en incluant toutes les composantes humaines et matérielles que cela suppose. Pourquoi ?

Le second échec est lié à la politique des tests. Un réel échec comme l’a reconnu Emmanuel Macron ! Faire un test et n’avoir le résultat qu’une semaine à 10 jours après est totalement inutile ; d’autres bien plus compétent que moi l’ont dit et redit depuis des semaines. Mais cela n’aurait pas permis au gouvernement de clamer que le nombre de tests étaient en augmentation exponentielle. C’était ça le message ; le nombre de tests réalisés est en hausse exponentielle. Et tant pis si les conditions dans lesquelles ils sont effectués font que leur utilité est plus que limitée.

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Je tiens pour finir à mettre en exergue, dans la conclusion d’Emmanuel Macron où il insiste que nous devons être « lucides, collectifs, unis », cette phrase : « nous sommes une Nation de citoyens solidaires. Nous ne pouvons pas nous en sortir si chacun ne joue pas son rôle, ne met pas sa part. ».

J’ai immédiatement pensé qu’il faisait référence aux milliards et milliards d’euros donnés aux grands groupes sans aucune contrepartie en termes de maintien de l’emploi, de formations, d’investissements dans notre pays, de relocalisation d’activités, d’engagements environnementaux ou dans les transitions écologique et énergétique. J’ai aussi pensé qu’il parlait du ‘1 %’ qui bénéficie depuis le début de sa présidence de cadeaux après cadeaux : suppression de l’ISF ; instauration d’une ‘flat tax’ qui s’est substituée à la taxation selon le barème progressif de l’impôt sur les revenus ; réduction des prélèvements sur les stock-options ; suppression de la tranche de la taxe sur les salaires supérieurs à plus de 150 000 €/an appliquée dans les métiers de la finance ; refus en cette période de crise d’un alourdissement de la contribution exceptionnelle sur les plus hauts revenus (revenu fiscal de référence supérieur à 250 000 €), voire de l’introduction de nouvelles tranches supérieures de l’impôt sur le revenu ou d’un prélèvement exceptionnel sur les plus hauts patrimoines… Et j’ai compris qu’il allait mettre bon ordre à tout cela !

Mais là, je me suis réveillé. Et j’ai compris que je rêvais !

ENSEMBLE, DEFENDONS LA LIBERTE D’EXPRESSION

Plus de 100 médias s’alarment des menaces pesant sur la liberté d’expression en France et se mobilisent pour elle !

Je ne peux que me solidariser avec ce manifeste !

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Pour citer Voltaire (même s’il n’a jamais dit ou écrit ces phrases) :

  • « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire »
  • « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire »
  • « Pour savoir qui vous dirige vraiment, il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. »  – Je trouve cette dernière citation apocryphe d’une glaçante actualité.

Autre citation de Voltaire qui, celle-ci, est authentique : « Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai cependant pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes. »

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«««  Il n’est jamais arrivé que des médias, qui défendent souvent des points de vue divergents et dont le manifeste n’est pas la forme usuelle d’expression, décident ensemble de s’adresser à leurs publics et à leurs concitoyens d’une manière aussi solennelle.

Si nous le faisons, c’est parce qu’il nous a paru crucial de vous alerter au sujet d’une des valeurs les plus fondamentales de notre démocratie : votre liberté d’expression.

Aujourd’hui, en 2020, certains d’entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales. Des Etats exercent des pressions sur des journalistes français « coupables » d’avoir publié des articles critiques.

La violence des mots s’est peu à peu transformée en violence physique.

Ces cinq dernières années, des femmes et des hommes de notre pays ont été assassinés par des fanatiques, en raison de leurs origines ou de leurs opinions. Des journalistes et des dessinateurs ont été exécutés pour qu’ils cessent à tout jamais d’écrire et de dessiner librement.

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi », proclame l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, intégrée à notre Constitution. Cet article est immédiatement complété par le suivant : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Pourtant, c’est tout l’édifice juridique élaboré pendant plus de deux siècles pour protéger votre liberté d’expression qui est attaqué, comme jamais depuis soixante-quinze ans. Et cette fois par des idéologies totalitaires nouvelles, prétendant parfois s’inspirer de textes religieux.

Bien sûr, nous attendons des pouvoirs publics qu’ils déploient les moyens policiers nécessaires pour assurer la défense de ces libertés et qu’ils condamnent fermement les Etats qui violent les traités garants de vos droits. Mais nous redoutons que la crainte légitime de la mort n’étende son emprise et n’étouffe inexorablement les derniers esprits libres.

Que restera-t-il alors de ce dont les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 avaient rêvé ? Ces libertés nous sont tellement naturelles qu’il nous arrive d’oublier le privilège et le confort qu’elles constituent pour chacun d’entre nous. Elles sont comme l’air que l’on respire et cet air se raréfie. Pour être dignes de nos ancêtres qui les ont arrachées et de ce qu’ils nous ont transmis, nous devons prendre la résolution de ne plus rien céder à ces idéologies mortifères.

Les lois de notre pays offrent à chacun d’entre vous un cadre qui vous autorise à parler, écrire et dessiner comme dans peu d’autres endroits dans le monde. Il n’appartient qu’à vous de vous en emparer. Oui, vous avez le droit d’exprimer vos opinions et de critiquer celles des autres, qu’elles soient politiques, philosophiques ou religieuses, pourvu que cela reste dans les limites fixées par la loi. Rappelons ici, en solidarité avec Charlie Hebdo, qui a payé sa liberté du sang de ses collaborateurs, qu’en France, le délit de blasphème n’existe pas. Certains d’entre nous sont croyants et peuvent naturellement être choqués par le blasphème. Pour autant ils s’associent sans réserve à notre démarche. Parce qu’en défendant la liberté de blasphémer, ce n’est pas le blasphème que nous défendons, mais la liberté.

Nous avons besoin de vous. De votre mobilisation. Du rempart de vos consciences. Il faut que les ennemis de la liberté comprennent que nous sommes tous ensemble leurs adversaires résolus, quelles que soient par ailleurs nos différences d’opinion ou de croyances. Citoyens, élus locaux, responsables politiques, journalistes, militants de tous les partis et de toutes les associations, plus que jamais dans cette époque incertaine, nous devons réunir nos forces pour chasser la peur et faire triompher notre amour indestructible de la Liberté. »»»

#DéfendonsLaLiberté

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Signataires : Alliance de la presse d’information générale, BFMTV, Canal +, Challenges, Charlie Hebdo, CNews, Courrier international, Europe 1, France Télévisions, l’Alsace, l’Angérien libre, l’Avenir de l’Artois, l’Echo de l’Ouest, l’Echo de la Lys, l’Equipe, l’Essor savoyard, l’Est-Eclair, l’Est républicain, l’Express, l’Hebdo de Charente-Maritime, l’Humanité, l’Humanité Dimanche, l’Indicateur des Flandres, l’Informateur Corse nouvelle, l’Obs, l’Opinion, l’Union, la Charente libre, la Croix, la Dépêche du Midi, la Nouvelle République, la Renaissance du Loir-et-Cher, la Renaissance lochoise, la Savoie, la Semaine dans le Boulonnais, la Tribune républicaine, la Vie, la Vie corrézienne, la Voix du Nord, le Bien public, le Canard enchaîné, le Courrier français, le Courrier de Gironde, le Courrier de Guadeloupe, le Courrier de l’Ouest, le Courrier picard, le Dauphiné libéré, le Figaro, le Figaro magazine, le Journal d’ici, le Journal des Flandres, le Journal du dimanche, le Journal du Médoc, le Journal de Montreuil, le Journal de Saône-et-Loire, le Maine libre, le Messager, le Monde, le Parisien-Aujourd’hui en France, le Parisien week-end, le Pays gessien, le Phare dunkerquois, le Point, le Progrès, le Républicain lorrain, le Réveil de Berck, le Semeur hebdo, le Télégramme, les Dernières Nouvelles d’Alsace, les Echos, les Echos du Touquet, LCI, Libération, Libération Champagne, M6, Marianne, Midi libre, Monaco-matin, Nice-matin, Nord Eclair, Nord Littoral, Ouest-France, Paris Match, Paris Normandie, Presse Océan, Radio France, RMC, RTL, Sud-Ouest, Télérama, TF1, Var Matin, Vosges Matin.

Pour la 5G, nous avons besoin d’un vrai débat et pas d’anathèmes ‘à la mords-moi-le-nœud’.

Quand, enfant, je voulais expliquer le pourquoi d’une action que j’avais faite, il m’arrivait de mettre en avant que mes copains avaient fait la même chose. Ma grand’mère avait alors coutume de dire : « si tu es sur un pont très haut et que tu vois les gens qui marchent devant toi sauter tout à coup dans le vide, tu les suis sans te poser aucune question ? Tu enjambes la balustrade, juste comme ça, parce qu’ils le font ? Ou alors tu fais preuve d’intelligence et tu réfléchis ? Hein ! Tu fais quoi ? »

Adolescent, elle me rappelait l’histoire des moutons de Panurge. Panurge, ce personnage rabelaisien, qui, pour se venger des moqueries d’un marchand voyageant sur le même bateau, lui achète à prix d’or un mouton. Et qui le jette par-dessus bord sitôt qu’il en est propriétaire. Tous les autres moutons, alors, se bousculant et bêlant à qui mieux mieux, se précipitent dans la mer, suivant sans aucune réflexion leur congénère.

Les déclarations de nos décideurs politiques concernant leur refus d’un débat sur le déploiement de la 5G me rappelle immanquablement ma grand’mère et sa sagesse pleine de bon sens.

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Le dernier en date (et pas le moindre) : Emmanuel Macron qui, à côté de sa remarque méprisante et mesquine sur ses détracteurs qui préfèreraient le “modèle Amish” et souhaiteraient un “retour à la lampe à huile”, a dit : « La France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation ». Dit autrement, c’est une innovation donc il faut le faire ! On ne réfléchit pas aux avantages et aux inconvénients apportés par cette innovation, à sa pertinence dans le cadre des grands défis écologiques, économiques, climatiques, sociétaux auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés, aux risques qu’elle peut faire courir à notre santé, aux dégâts qu’elle peut occasionner directement et indirectement à notre planète… Juste ; on le fait car c’est une innovation.

Et la palme peut-être à Agnès Pannier-Runacher alors qu’elle était Secrétaire d’Etat dans le gouvernement d’Edouard Philippe. Dans le cadre des questions au gouvernement, le 30 juin dernier, elle assenait : « comme la Suède, comme la Finlande, comme l’Allemagne, comme les Etats-Unis, comme la Chine, comme la Corée, comme la Nouvelle-Zélande, oui, nous allons lancer les enchères de la 5G. » Ce qu’on peut traduire par : « nos voisins sautent du pont dans le vide, nous allons faire de même. »

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[ Sur le sujet d’ailleurs, faut-il rappeler l’engagement d’Emmanuel Macron de faire siennes les propositions de la Convention Citoyenne sur le Climat ? L’instauration d’un “moratoire sur la mise en place de la 5G en attendant les résultats de l’évaluation sur la santé et le climat” ne faisait pourtant pas partie des jokers qu’il s’était octroyés. Encore une promesse non tenue ! ]

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Et pourtant les questions à débattre sont nombreuses et chacune d’elles est importante !

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La première à mentionner est sans aucun doute son impact environnemental et climatique. Et là, en fait, on connait la réponse à cette question qui est depuis longtemps très bien documentée et argumentée. La 5G sera une catastrophe écologique et son coût environnemental sera absolument désastreux.

On aura une forte progression de la consommation d’électricité. Les défenseurs de la 5G mettent en avant, il est vrai, que les nouvelles installations seront nettement moins consommatrices que celles utilisées pour les 4 précédentes générations de téléphonie. Mais le nouveau réseau ne va pas se substituer aux précédents ; il va s’y ajouter. En outre, les antennes relais et les stations de base vont structurellement être bien plus nombreuses et devront en plus gérer des trafics de données en forte augmentation. Et cet accroissement de données à traiter et à stocker va nécessiter l’implantation de nouveaux centres de données. On attend ainsi une multiplication par 3 de la consommation énergétique des opérateurs téléphoniques en France.

Et il va falloir fabriquer et produire. Des antennes relais et des stations de base en nombre suffisamment important pour avoir une couverture fine des territoires non seulement en France mais ‘all around the world’ (des centaines de milliers sans doute) ; des milliers de satellites prévus pour assurer une bonne couverture dans les endroits les plus reculés ; des centaines de milliers de serveurs, systèmes de stockage, commutateurs de réseau, routeurs et autres équipements et installations permettant d’agrandir les centres de données et d’en créer de nouveaux ; des milliards de smartphones en remplacement des terminaux mobiles prématurément obsolètes du fait de leur incompatibilité à la 5G ; des dizaines de milliards d’objets connectés les plus divers et les plus variés. Cela va nécessiter des quantités phénoménales de ressources non renouvelables comme les énergies fossiles, l’eau, les minerais (dont les terres rares) avec toutes les conséquences que l’on peut supposer en termes d’émissions de gaz à effet de serre, de pollutions des fleuves et des nappes phréatiques, de destruction des sols.

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On doit aussi prendre en compte les risques sanitaires. La pollution électromagnétique fait partie, selon de nombreux chercheurs, des causes de grandes maladies de la civilisation moderne – le cancer, le diabète, les maladies de cœur. Il a aussi été montré par de nombreuses études qu’elle est à l’origine de dommages à l’ADN, aux cellules et aux organes d’une grande variété de végétaux et d’animaux ; voire d’une augmentation de leur mortalité. Or, cette pollution va être en très forte augmentation.

Et n’oublions pas les phénomènes d’addiction qui existent déjà et qui touchent majoritairement les plus jeunes. On ne peut que craindre qu’ils ne se multiplient et s’amplifient.

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Il faut aussi étudier l’utilité sociale / sociétale de la 5G. On doit en effet se poser la question de savoir dans quelle société nous souhaitons vivre ; c’est une question primordiale ! Car le monde de la 5G est celui des objets connectés comportant le maximum de capteurs permettant de les commander à distance mais qui, aussi, collecteront autant de données que possible. Cet ‘internet des objets’ comme certains le désignent, risque de conduire à un monde entièrement connecté et numérisé et qui serait piloté par des algorithmes, par l’intelligence artificielle.

Cela n’est pas sans soulever la question de la protection des données individuelles. Ces fameuses ‘datas’ que nous donnons volontairement ou qui sont collectées sans que nous n’en ayons aucunement conscience. Ces myriades et myriades d’informations que tous les acteurs de l’économie souhaitent posséder et utiliser pour leur plus grand profit.

La cybersécurité devient dans ce ‘nouveau monde’ une problématique encore plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui en raison du nombre d’objets connectés. A quoi ces objets donneront-il accès ? Comment seront-ils protégés ? Quels sont les risques – qui sont potentiellement plus importants qu’aujourd’hui- s’ils sont hackés ?

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On ne peut passer sous silence la fracture numérique qui ne peut que se dégrader. Les opérateurs de la 5G, pour de simples questions de rentabilité, vont cibler en priorité les zones fortement peuplés. Or, pour paraphraser notre Président de la République, il y a aujourd’hui en France des Amish, des gens qui n’ont pas accès à un réseau de téléphonie mobile ou à Internet (et qui, très certainement, doivent encore s’éclairer avec des lampes à huile). Ce sont tous nos concitoyens et toutes nos concitoyennes qui vivent dans des zones blanches ! Qu’en sera-t-il avec la 5G ?

Et n’oublions surtout pas la proportion non négligeable de françaises et de français qui n’ont aucun outil numérique et/ou qui ne savent pas ou ne savent que très peu s’en servir. La multiplication des usages ne peut que les défavoriser encore plus. Et ceci d’autant plus si, pour continuer à ‘faire des économies sur les services publics’, le nombre des formalités et des démarches obligatoirement faites sur internet continue de croître.

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Et à quels avantages concurrentiels ou quels désavantages concurrentiels – pour reprendre une expression chère au néolibéralisme – s’exposerait la France si elle décidait d’avoir des réseaux 4G et Fibre optique hyper-performants mais de ne pas basculer à la 5G. Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu un seul commentaire sérieux sur cette question. J’exclue, bien sûr, les commentaires du style : « il faut que nous le fassions parce que les autres le font ». Cela nécessite pourtant une réflexion importante sous ses différents aspects, tant du point de vue franco-centré que de celui de citoyen de la Terre aujourd’hui et demain.

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Pour finir, je tiens à signaler un sondage réalisé les 26 et 27 août dernier. Quatre chiffres à retenir : 65 % des Français jugent nécessaire un moratoire sur le déploiement de la 5G (donc 65% des françaises et français sont des Amish – je plaisante) ; 85 % des personnes consultées et opposées à la 5G lui préfèrent par exemple la fibre qui, selon elles, devrait plutôt mailler l’ensemble du territoire ; 76 % considèrent que la vitesse obtenue avec la 4G est suffisante ; 82 % des sondés considèrent que toutes les études sanitaires requises doivent être réalisées de manière impartiale avant l’arrivée de la nouvelle technologie en France.

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La question est donc de savoir si on saute du pont parce que les autres le font ou si on veut réfléchir sérieusement à cette problématique.

Oui ! Doit-on nous jeter à la mer comme les autres moutons ou doit-on faire preuve d’intelligence et de raison et étudier sérieusement la question sous tous ses angles ?

Ce qui nous permettra in fine de prendre de façon démocratique, une décision qui sera la nôtre (quelle qu’elle soit), qui sera murement réfléchie et prise sur des bases éclairées et qui ne sera pas juste celle des autres comme on nous le propose – impose – aujourd’hui.

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PS : je rappelle mon précédent billet sur la question datant de juin dernier : « la 5G ; et si, enfin, on en débattait ! ». Certains points traités ici succinctement – trop succinctement j’en suis conscient – y sont développés plus largement.

A lire (ou relire donc) si vous avez quelques minutes ! (  https://laurent-dicale.fr/2020/06/21/la-5g-et-si-enfin-on-en-debattait/ )

Ils ont tué les dix petits nègres !

Bon ! Agatha Christie les avait déjà occis un par un ; mais là, ils les tuent à nouveau !

Et donc le roman « Les dix petits nègres » va dorénavant s’appeler « Il étaient dix » ; le titre original de ce best-seller mondial qui est aussi le plus grand succès d’Agatha Christie, est pourtant Ten little niggers (1). Et le titre n’est pas le seul à changer ; le mot ‘nègre’, utilisé des dizaines de fois dans la traduction initiale (et 74 fois dans le manuscrit original – 1938 – d’Agatha Christie), a été supprimé de la nouvelle version.

En la demeure, la France fait figure de retardataire : le changement de titre a été fait depuis des années dans les pays anglo-saxons. Aux USA, le titre a même été changé en ‘Il n’en resta aucun’ dès 1940 ! Agatha Christie avait accepté ce changement non pas sous la pression des noirs (à l’époque, ils n’avaient pas voix au chapitre) mais sous celle des blancs qui n’acceptaient pas que les personnages du roman, tous blancs, puissent être assimilés à des ‘nègres’.

Et maintenant en fait, il ne s’agit que de s’aligner sur les autres éditions nationales, anglaises et américaines notamment.

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Le but de ce changement est, nous explique-t-on, de ne pas blesser. Soit (avec un profond soupir) !

Je ne peux cependant m’empêcher de voir ici une nouvelle expression dans notre pays de la dictature et du totalitarisme du politically correct qui est d’inspiration communautariste et est en contradiction avec l’universalisme de la République Française. Universalisme que d’ailleurs, nous sommes en droit d’interroger, d’enrichir, de continûment construire ; y compris – et peut-être surtout – lors de tels débats. Mais là n’est pas mon propos.

Non ! Mon but est que la France aille plus loin, qu’elle soit un véritable précurseur dans ce domaine !!!

Il faut reconnaître toutefois que nous avons déjà bien commencé. Ainsi, en littérature, les écrivains n’ont plus de ‘nègre’ ; ils ont des ‘prête-plume’. Je ne sais pas si, pour ces derniers, cela change grand-chose.

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Nègre ! Il y a des milliers de personnes dont le nom de famille est Nègre. Vous imaginez la scène : deux personnes se rencontrent et se présentent ; « – Bonjour, mon nom est Nègre, James Nègre. – Aah ! Je suis blessé ».

Il faut que tous les Nègre de France… ; pardon. Il faut que toutes les personnes en France dont le nom de famille est Nègre – qu’elles soient (par ordre alphabétique) blanches, jaunes, noires, rouges, vertes, violettes à petits points fuchsia – changent de nom. Pour cela, il faut ajouter à la liste des intérêts légitimes qui justifient un changement de nom patronymique, le fait d’avoir un nom qui peut blesser autrui. D’ailleurs, pour les personnes ayant un tel nom, le changement ne devrait-il pas être OBLIGATOIRE ? Et quid de tous les noms dérivés de Nègre : Nègri, Nègro, Gouttenègre, Nègrevergne, Foretnègre, Vergnenègre… ? (2) Il faut se poser la question.

Nous avons aussi le cas de toutes les personnes non noires qui s’appellent Noir (ou Lenoir, Noiret, Nouar, Néri, Bouchenoir, Terrenoire, Marchenoir, Noirbusson, Crétinoir…). Et de toutes les personnes non blanches qui s’appellent Blanc (ou Blanche, Blanchet, Blanco, Blanchon, Blanchot, Blancheton, Blanchetière, Blanchemain, Blanchemanche…). Et nous avons encore les patronymes Jaune, Marie-Jaune, Rouge, Rouget, Rougeventre, etc., etc…

Je n’ose imaginer certaines présentations : «  – Je vous présente votre nouveau collègue, Madame Noir, Madame Jane Noir. – aah ! (au fond de l’open-space). Il faut donc que toutes ces personnes changent aussi de nom !

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Nous avons aussi un certain nombre de mots toponymiques sur lesquels il faudra nous interroger. Là, les canadiens nous ont devancé !

Dans l’Ontario, il a été décidé il y a une quinzaine d’années de renommer tous les noms géographiques et tous les noms de lieux contenant le mot ‘squaw’, une soixantaine en tout, ce mot ayant été jugé blessant / offensant (3). Même si le processus n’est toujours pas arrivé à son terme, nous pourrons nous inspirer du processus mis en place : propositions de noms par le public, filtres par diverses instances locales et choix entériné par une commission ad hoc. Juste une parenthèse pour indiquer que le nom ‘politically correct river’ n’a pas été retenu.

Au Québec aussi, suite à une décision de 2015, ce sont les lieux contenant ‘Nègre’ et ‘Nigger’ (une dizaine) qui vont être renommés. Le processus est en cours. Mais à noter qu’ailleurs au Canada, les noms publics contenant le mot ‘nègre’ ont déjà été tous changés.

Personnellement, en France, j’ai en tête le Cap Nègre dans le Var, l’oppidum de Teste-Nègre (en provençal Tèsto-Negro) près de Marseille et la ville de Nègrepelisse dans le Tarn-et-Garonne. Mais il y en a certainement beaucoup d’autres [ Merci de me dire si vous en connaissez d’autres que je complète cet article ]

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Et puis, bien sûr, nous avons un pays dont le nom devra d’autant plus être revu qu’il est candidat à une adhésion à l’Union Européenne : le Monténégro. Je pense qu’il convient que, dès maintenant, nous commencions à réfléchir comment le nommer.

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Et il y aussi (merci Françoise pour ce complément) une pâtisserie : la « Tête de nègre ». Mais les commerçants utilisent souvent déjà d’autres appellations telles que ‘merveilleux’, ‘boule meringuée au chocolat’, ‘boule choco’, arlequin’.

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(1) Il est sans doute utile de rappeler que le titre original de ce livre écrit en 1938, fait référence à la comptine Ten Little Niggers, qui est l’adaptation britannique de la chansonnette Ten Little Indians.

(2) Merci au site de recherche généalogique : http://www.filae.com

(3) Dans la littérature américaine, le terme squaw est utilisé depuis le 16e siècle pour désigner les femmes amérindiennes. Mais, tout comme cela a été le cas pour le mot ‘nègre’, il a pris au fil du temps, une connotation péjorative et est devenu injurieux.

Les compagnies pétrolières disent vouloir développer les énergies renouvelables. Peut-on les croire ? Peut-on leur faire confiance ?

Les compagnies pétrolières dites ‘majors’ disent vouloir développer fortement les énergies renouvelables, les énergies non carbonées. Ils veulent en finir avec la réputation de pollueurs qui est la leur et devenir des acteurs globaux de l’énergie. Peut-on les croire ? Peut-on leur faire confiance ?

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La crise économique qui a fait suite à la crise sanitaire liée au Covid 19, n’a pas épargné les compagnies pétrolières et gazières ; loin de là !

     [   Mais avant d’aller plus loin dans notre interrogation et pour bien en comprendre les enjeux, deux précisions sont nécessaires.

Tout d’abord, il faut préciser que le terme ‘compagnies pétrolières’ recouvre un grand nombre de sociétés très diverses.

– Il y a d’abord les 5 majors : le hollandais Royal Dutch/Shell, les américains Exxon Mobil et Chevron, le britannique BP et, last but not the least, le français Total. Ces entreprises privées se caractérisent par leur présence sur tous les continents et par le fait que leurs activités couvrent toute la chaine pétrolière et gazière (exploration, extraction, raffinage / transformations, stockage et transport des produits, distribution). Ce sont ces compagnies dont il va être question dans cet article.

– Il y a ensuite les compagnies nationales détenues par quasiment tous les pays producteurs de pétrole ; elles gèrent la production nationale et, pour certaines d’entre elles, opèrent dans d’autres pays que le leur, concurrençant ainsi les majors. Elles détiennent environ 95% des réserves mondiales de pétrole et de gaz.

– Enfin, il y a des myriades d’autres sociétés gravitant dans ce monde du pétrole et du gaz ; en particulier des compagnies indépendantes de plus petite taille que les majors (on peut citer ici le français Maurel & Prom, peu connu du grand public) et les sociétés parapétrolières qui fournissent des services principalement pour l’exploration et l’extraction.

Il faut ensuite préciser qu’avant d’être une victime collatérale du coronavirus, le marché mondial du pétrole était secoué par une guerre mondiale des prix qui a été déclenchée par l’Arabie Saoudite et la Russie. Il n’est pas mon propos d’approfondir ce sujet, mais pour bien en montrer l’ampleur, considérons quelques chiffres :

– le baril de Brent de la Mer du Nord (l’un des principaux pétroles bruts servant de référence au niveau mondial) s’échangeait début janvier 2020 autour de 70 $ ; il est descendu en avril en dessous de 20 $. Aujourd’hui, les cours du baril de Brent tournent autour de 45 $.

– Et s’agissant du pétrole WTI (West Texas Intermediate), autre cours de référence du pétrole, alors que le prix de son baril était à plus de 60 $ dollars début janvier, le 20 avril 2020 il était… négatif ! Les opérateurs ont payé leurs acheteurs pour qu’ils les ‘débarrassent’ de leurs barils afin de ‘faire de la place’, les producteurs ayant tardé à réduire leur production dans un marché saturé, et pour limiter leurs coûts de stockage.   ]

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La crise économique a donc fortement touché les cinq compagnies pétrolières dites majors. Pour le deuxième trimestre 2020, les pertes qu’elles ont annoncées sont abyssales : 53 milliards de dollars soit environ 46 milliards d’euros ! Dont 8.4 milliards de dollars pour Total, notre ‘champion tricolore’.

La raison première de ces pertes catastrophiques est le ralentissement de l’activité économique au niveau mondial combiné à des prix bas, la faiblesse de la demande prolongeant et amplifiant la guerre des prix mentionnée ci-dessus. La demande en pétrole a en effet fortement chuté : de nombreux secteurs économiques – notamment le transport aérien – et industriels ont été quasiment à l’arrêt pendant plusieurs semaines.

Mais la principale composante en est les pertes dites ‘exceptionnelles’ liées à la révision opérée par ces entreprises de la valeur de leurs actifs – des biens inscrits à leur bilan. Il s’agit tout d’abord de leurs réserves pétrolières ; elles ont été évaluées sur un prix du pétrole en baisse notable et qui devrait le rester. Mais les majors ont aussi acté l’abandon de certains gisements, ceux dont l’extraction est la plus chère mais aussi ceux (parfois les mêmes) dont le coût en termes d’image est élevé ; leur valeur comptable qui se chiffraient parfois en centaines de millions de dollars, a été ramenée à zéro. Ou encore l’arrêt de certains investissements en cours dont la rentabilité à court et moyen terme n’est plus assurée. Ainsi, Total a procédé à des dépréciations exceptionnelles (c’est le terme consacré) pour 8.1 milliards de dollars incluant notamment l’abandon de l’exploitation de ses gisements canadiens de sables bitumineux dont l’extraction s’annonçait être une catastrophe écologique.

Mais les majors ont aussi acté dans leurs comptes, l’importance de plus en plus grande (et de plus en plus inquiète) portées par les populations aux problématiques liées au réchauffement climatique et l’accentuation de la demande de transition énergétique. Ils ont aussi tenu compte de l’amplification des risques et des menaces auxquels ils vont être confrontés. C’est pour eux, à terme, une question d’argent ; et de survie !

Les politiques visant à réduire les consommations d’énergie fossiles vont s’amplifier et la demande d’hydrocarbures va se réduire dans des proportions très notables ces prochaines années et décennies (BP prévoit une diminution de 40% à l’horizon 2030) ; les banques font l’objet de pressions pour qu’elles ne financent plus les programmes d’investissement portant sur les énergies fossiles et pour qu’elles se tournent vers les énergies décarbonées ; des pressions s’exercent aussi sur les banques centrales pour qu’elles excluent de leurs opérations de refinancement les prêts portant sur l’exploitation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) ; certains fonds d’investissement commencent déjà aujourd’hui à se détourner de ces financements- dans le contexte aussi, il est vrai, d’une demande de combustibles carbonés clairement et durablement orientée à la baisse…

Il est à craindre cependant qu’à (très) court terme, à l’instar de tous les grands groupes internationaux (et même nationaux), les majors n’utilisent le prétexte du Covid 19 pour conduire nombres de changements, nombres de restructurations ; et ceci à marche forcée et avec le minimum de négociations tant en interne (en particulier les salariés avec la volonté de réduire autant se faire que peut le coût de ces « ressources humaines » – i.e. en licenciant) que vis-à-vis de l’extérieur (états, sous-traitants, réseaux de distribution). Des réductions d’effectifs ont d’ores et déjà été annoncées par ces groupes.

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Mais dans le même temps, les majors ont pris des engagements à investir des milliards de dollars dans les énergies moins émettrices de gaz à effet de serre, dans les énergies à faible émission de carbone.

Il ne faut pas négliger le fait que depuis quelques années, les majors diversifient leurs activités dans d’autres secteurs que les hydrocarbures et investissent notamment dans les énergies renouvelables : Total dans le photovoltaïque où ses ambitions sont fortes, Royal Dutch Shell dans l’éolien, notamment en mer, BP dans le solaire et dans les bornes de recharge des véhicules électriques…

Du greenwashing ? Très certainement jusqu’à peu. Mais cela peut devenir, cela est en fait devenu une impérieuse nécessité pour le long terme pour ces compagnies pétrolières.

Les majors – pour être précis, leurs dirigeants et leurs actionnaires – n’effectuent pas ce changement radical de cap parce qu’ils sont convaincus ; ils le font parce qu’ils y sont contraints et forcés. Sinon, très rapidement, la valeur boursière des sociétés qui ne le font pas, va se dégrader (et, si je peux me permettre cette litote, leurs actionnaires ne seront pas contents). Et s’ils persistent à ne pas faire ce virage, ils ne survivront pas !

Mais ne soyons pas naïf. Tant qu’il y aura une demande de pétrole et de gaz, ces groupes se battront pour y répondre. Et le pétrole reste aujourd’hui (et demain) indispensable pour alimenter la croissance de la Chine, de l’Inde, des pays émergents.

Ne nous leurrons pas non plus. Les compagnies pétrolières continueront de pratiquer toutes les opérations – et toutes les ‘magouilles’ – permettant de ‘créer de la valeur’ pour les actionnaires : versement de dividendes, rachat d’actions, optimisation fiscale, corruptions plus ou moins discrètes, malversations diverses et variées, pratiques anti-concurrentielles, ‘conflits’ avec des populations locales…

Et nous pouvons être sûr que ces majors utiliseront toutes les possibilités légales pour que les états financent le plus possible leurs recherches. En France, Total utilisera autant se faire que peu le Crédit d’Impôt Recherches – CIR, le Crédit Impôts Innovation – CII, les subventions publiques, les avances remboursables, les commandes publiques, les partenariats de recherche…

Ceci, bien entendu, sans que les pratiques d’optimisation fiscale pratiquées à l’échelle mondiale par cette compagnie pétrolière ne soient remises en cause. Total est en effet régulièrement épinglé pour le faible niveau des impôts qu’il paye en France. Selon diverses estimations, ce groupe devrait payer 30 à 40 fois le montant dont il s’acquitte réellement.

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Il ne faut pas oublier non plus que les cours du pétrole et du gaz élevés favorisent la transition énergétique en rendant plus compétitives les autres sources d’énergie et en incitant les consommateurs à réduire leur consommation de combustibles fossiles. Des prix bas peuvent contrecarrer cette tendance.

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Alors oui ! On peut croire les compagnies pétrolières dites majors – je n’ose pas dire ces acteurs globaux de l’énergie – quand elles disent qu’elles veulent développer fortement les énergies non carbonées, les énergies renouvelables.

Mais je suis nettement plus réservé quant à savoir si on peut leur faire confiance. Ces majors travaillent avant tout pour eux-mêmes et non pas pour le bien commun. Il se trouve juste qu’aujourd’hui, les deux coïncident ! Tout simplement parce que, à plus ou moins longue échéance, c’est leur survie qui est en jeu.

Que ce soit en termes de respect de l’environnement et de réchauffement climatique mais aussi de pratiques sociales / sociétales et fiscales, il nous faudra donc rester très très très vigilant !

« Hidden Figures » : « Les figures de l’ombre »

Ce film très prenant raconte le destin exceptionnel de trois femmes en Virginie, dans l’Amérique du ‘sud profond’ ségrégationniste et raciste, pendant les années 1960. Trois femmes intelligentes, talentueuses, combatives et… noires.

Tout d’abord, il faut pointer dans le titre de ce film un jeu de mot que la traduction en Français ne montre pas. ‘Figures’ signifie aussi en anglais ‘chiffres’. Les chiffres cachés font ainsi écho à ces figures de l’ombre, ces calculatrices noires qui les manipulaient et à qui ce film rend hommage.

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Je ne veux pas faire ici la biographie de ces femmes et de la carrière qu’elles ont toutes trois menées à la NASA. Quelques mots toutefois, juste pour les présenter brièvement.

Katherine Johnson a travaillé à la NASA de 1953 à 1986. Elle était mathématicienne et était notamment spécialisée dans l’établissement des trajectoires des vols dans l’espace. Son nom a été donné au centre de recherche informatique du site de la NASA à Hampton, Virginie.

Dorothy Vaughan était mathématicienne et informaticienne. Elle a intégré la NASA (alors NACA) en 1943 dans une section de femmes mathématiciennes afro-américaines qui travaillaient séparées – ségréguées – de leurs homologues blanches. Elle en prendra la tête quelques années plus tard ; c’était la première fois qu’une personne noire prenait la direction d’un service à la NASA. Elle se dirigera ensuite vers les services informatiques et y travaillera jusqu’en 1971.

Mary Jackson est entrée à la NASA en 1951, en tant que mathématicienne également. Quelques années après, elle reprendra des études et, malgré les obstacles, deviendra la première femme noire d’Amérique – et de la NASA – ingénieure en aéronautique. Se heurtant au plafond de verre empêchant les femmes d’atteindre certaines fonctions, elle s’oriente en 1979 vers les services administratifs où elle travaillera dur pour avoir un impact sur l’embauche et la promotion des femmes à la NASA. Elle y est restée jusqu’à son départ, en 1985. Le bâtiment du siège de la NASA à Washington porte son nom.

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Dans le film, l’évolution de ces trois femmes est avant tout un combat personnel et, d’une certaine façon, individualiste. Même si Dorothy Vaugham dit bien que : « chaque avancement est un avancement pour nous toutes ».

Il ne faut pas occulter que dans leur vie, elles ont lutté pour l’égalité des individus, quelle que soit la couleur de leur peau ou leur sexe. Mary Jackson dans son dernier poste occupé à la NASA a œuvré pour les conditions d’emploi et d’avancement des femmes de toutes couleurs ; Katherine Johnson et Dorothy Vaughan ont été des membres actifs de la première société universitaire créée par et pour les femmes afro-américaines ; Mary Jackson a encadré des scouts pendant plus de 30 ans…

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Ce film raconte le combat de ces trois femmes pour se faire reconnaitre et s’imposer dans un univers dominé par les préjugés raciaux et machistes. Monde dans lequel les femmes peuvent se révéler pires que les hommes ; à regarder attentivement le comportement de Vivian Mitchell, emmurée dans ses préjugés mais qui, comme d’autres, les remet en cause et les fait évoluer au fil du temps.

Nous sommes en effet dans le sud des Etats-Unis, en Virginie, état ségrégationniste à l’époque racontée. On voit bien ce racisme ordinaire et institutionnalisé tout au long du film. Celui qui fait qu’une femme noire entrant dans un bureau ne peut être là que pour vider les poubelles !

Racisme ordinaire au travail où les toilettes pour les blancs et les ‘personnes de couleur’ sont séparées tout comme le sont les cafetières ; ou encore les employés lorsqu’ils sont rassemblés en l’honneur des futurs astronautes. Dans la ville où les fontaines à eau pour les blancs sont distinctes de celles pour les noirs et où l’avant des bus est réservé aux blancs et l’arrière aux noirs. Dans l’éducation où il faut l’autorisation d’un juge pour que Mary Jackson puisse suivre des cours du soir qui se déroulent dans un lycée réservé aux blancs (« mais seulement les cours du soir » a précisé le juge).

Ce climat ségrégationniste en arrive à inhiber ceux qui en sont les victimes et qui fait qu’ils en viennent à entretenir une pensée et un discours auto-discriminatoires, auto-dévalorisants, auto-limitateurs. A preuve ce dialogue que je trouve très révélateur entre Mary Jackson et le directeur de son unité (version imaginaire de son mentor dans sa vie) qui l’informe d’un cursus d’ingénieur qu’elle devrait suivre :

– « Mr Zielinski, I am a negro woman. I’m not gonna to entertain the impossible (je suis une négresse – traduction littérale ; dans la traduction plus politiquement correcte, il est dit : je suis une femme noire. Je ne vais pas espérer l’impossible) ;

And I’m a Polish jewish whose parents died in a nazi prison camp. […] If you were a white man, would you like to be an engineer ? (et moi, je suis un juif polonais dont les parents sont morts dans un camp nazi. […] Si vous étiez un homme blanc, souhaiteriez-vous être ingénieur ?). »

I won’t have to. I’d already be one (Je n’aurais pas besoin de le souhaiter. Je le serais déjà). »

Le machisme au quotidien se déploie dans toute sa banalité, toute sa bêtise et toute sa petitesse. Une femme ne peut pas faire certaines choses car c’est inimaginable qu’une femme puisse le faire. Une femme ne peut pas mettre son nom sur un rapport scientifique à côté de celui d’un homme (blanc de surcroit). « Il s’agit d’une femme et il n’y a aucun protocole qui permette qu’une femme assiste à une réunion du Pentagone » comme le dit son chef direct pour y empêcher sa participation. Une femme ne peut pas reprendre des études pour avoir un diplôme réservé aux hommes, surtout si elle est noire.

Nous plongeons aussi dans la NASA au moment où la guerre entre les USA et l’URSS pour la conquête de l’espace, la compétition pour « toucher les étoiles » battent leur plein. On saisit bien la fièvre de tous ces mathématiciens, ingénieurs, physiciens, scientifiques mais aussi de toute l’Amérique dans cette course.

Nous voyons en direct les conséquences du progrès scientifique quand une innovation rend inutile toute une classe d’employés ; « le progrès est une arme à double tranchant » est-il rappelé. Ici, quand l’arrivée de l’ordinateur (computer en anglais) permet de se passer des calculateurs (computer en anglais) ; en fait des calculatrices noires mais aussi blanches qui savent cependant se reconvertir, comme Dorothy Vaughan et ses collègues du « West Area Computing Unit » dans l’informatique. Quoique ! La fiabilité des premiers ordinateurs n’a pas permis de se passer tout de suite des mathématiciennes calculatrices comme Katherine Johnson.

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Ce que ce film montre aussi, c’est que derrière quelques noms célèbres (ici, John Glenn et Alan Shepard), ce sont des centaines d’hommes et de femmes qui se sont mobilisés, chacune et chacun contribuant à l’œuvre commune. Beaucoup de figures de l’ombre en fait !

A voir donc ce très beau film qui aujourd’hui, dans ce contexte où le racisme sous toutes ses formes et toutes ses conséquences sont mis sous le feu des projecteurs, prend une résonnance particulière. Les choses peuvent changer dans les faits et dans les mentalités ! Les choses doivent changer ! Et ces trois femmes exceptionnelles montrent que c’est possible.

Les français vont devoir rembourser la dette liée à la crise économique, sociale et sanitaire actuelle en une vingtaine d’années. Et en commençant dès maintenant !

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Dans mon article du 19 juillet (cf. ci-dessous), je parlais du cantonnement de la dette Covid – c’est-à-dire de son isolement éventuel dans une structure ad hoc. Et je supposais, comme je pense beaucoup d’économistes et de financiers, que le remboursement de cette dette n’interviendrait que dans très longtemps et qu’en attendant, elle serait ‘sortie’ du ratio Dettes / PIB auquel les économistes orthodoxes (i.e. néolibéraux) tiennent tant. Même le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, était sur cette position quand il expliquait aux membres de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale qu’ « un traitement séparé de la dette héritée de la crise par un cantonnement partiel (avait) pour seul mérite de repousser son amortissement ».

Mais, d’après les explications de Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie et des Finances (et de la Relance, n’oublions surtout pas ce dernier item), l’organisme ad hoc créé pour cantonner cette dette, la Cadec (Caisse d’amortissement de la dette Covid), va fonctionner sur le modèle de la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale).

Cette dernière assure le remboursement des dettes des administrations de Sécurité Sociale grâce aux ressources qui lui sont attribuées, la CRDS et une partie de la CSG notamment. Et ceci depuis 1996 et non plus jusqu’en 2009 puis 2024 mais maintenant jusqu’en 2033 ; cette nouvelle prolongation résulte du transfert en juin dernier de 136 milliards d’euros. Les syndicats s’étaient pourtant fortement opposés à cette opération. Ils estiment – à juste titre – que c’est à l’Etat de prendre en charge intégralement les dettes imputables directement ou indirectement à la lutte contre la Covid 19 et à la crise économique et sociale qui en découle. Pour reprendre les termes d’un d’entre eux : « la facture est ainsi mise quasi intégralement à la charge des salariés et des retraités ». Cela va aussi compliquer (oserais-je dire, diminuer) le financement d’autres politiques sociales, voire plus globalement le financement de la Sécurité Sociale dans son ensemble.

Il faut signaler que la Cour des comptes a critiqué ce transfert en des termes qui ne laissent aucun doute quant à ce qu’ils signifient : « Cette démarche ne s’accompagne d’aucune mesure d’économies […] et ne s’inscrit pas dans une démarche de maîtrise globale des finances publiques ». Toute la pensée néolibérale en quelques mots ! La traduction de ce beau spécimen de la novlangue néolibérale donne : de l’austérité, moins de financements pour les services publics, encore plus de déréglementations dans tous les domaines, toujours plus de privatisations et de délégations au secteur privé, etc. !!!

Cette nouvelle structure, la Cadec, aura pour mission de procéder au remboursement de cette dette de l’Etat due à la crise du coronavirus ; a priori, ce transfert s’élèverait à 150 milliards d’euros et son remboursement courrait jusqu’en 2042.

La droite parlementaire critique d’ores et déjà fortement ce projet du gouvernement Macron. Pour Eric Woerth, président LR de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, celui-ci « a tout d’un artifice, pour éviter les sujets qui fâchent mais qui sont pourtant incontournables, à savoir les économies sur la dépense publique ».  Appel on ne peut plus clair à de l’austérité, à moins de financements pour les services publics, à encore plus de déréglementations dans tous les domaines, à toujours plus de privatisations et de délégations au secteur privé, etc. !!! Je ne peux que me répéter !

Je n’ai pas trouvé – mais j’ai peut-être insuffisamment ou mal cherché – d’avis de la gauche sur ce projet.

La Cadec devra rembourser cette dette avant l’échéance fixée, à savoir 2042. Elle ne pourra pas, comme l’Etat le fait très régulièrement, rembourser un emprunt à échéance en en contractant un nouveau et en ne payant que l’intérêt dû ; ce qu’on appelle ‘faire rouler la dette’. Elle ne pourra pas le faire, si ce n’est très marginalement. Elle devra, tout au long de cette période et quelles que soient les circonstances, rembourser capital et intérêts pour que tout soit apuré en 2042.

En fait, ce montage ne change en rien la situation d’endettement global. Il s’agit juste d’un affichage permettant de distinguer, telles que la doxa néolibérale ne va pas tarder à les appeler (je tiens le pari), la ‘bonne’ dette de la ‘mauvaise’ dette, celle due aux mesures liées à la pandémie que nous avons connue.

Mais il a aussi pour but de faire en sorte que les français payent en un peu plus de 20 ans, intégralement, une grande partie de la dette due à la crise que nous venons de traverser. Et cela notamment en vue de la diminution du ratio Dette / PIB qui devrait approcher les 120% en fin d’année, contre un peu plus de 100% au 1er trimestre 2020.

Emmanuel Macron, Jean Castex, Bruno Le Maire, toute la Macronie ne cessent de le clamer urbi et orbi : il n’y aura aucune augmentation des impôts. Ce qui signifie qu’il faudra trouver ailleurs les ressources fiscales pour rembourser de façon accélérée cette dette. Ce qui signifie qu’il faudra détourner certaines recettes et donc réduire certaines dépenses pour la rembourser.

Réduire certaines dépenses ? C’est-à-dire de l’austérité, moins de financements pour les services publics, encore plus de déréglementations dans tous les domaines, toujours plus de privatisations et de délégations au secteur privé, etc. !!! Et pas demain ou après-demain ; aujourd’hui !

Cela signifie aussi avoir moins de marges de manœuvre pour amortir les conséquences de la crise économique et sociale dans laquelle nous sommes entrés ; ceci tant auprès des populations les plus fragiles et les plus défavorisés qu’auprès des classes moyennes et qu’à destination des entreprises, petites, moyennes et grandes.

Cela signifie également moins de moyens pouvant être attribuées à l’indispensable et urgente transition énergétique / climatique.

L’austérité : le retour ?

Je n’ai pas écouté l’interview d’Emmanuel Macron mardi dernier. Je n’en attendais rien et j’ai préféré déjeuner sans me presser. Quand j’ai regardé les différents ‘live’ de cet interview et que j’ai vu que l’information essentielle était l’annonce du port obligatoire du masque dans les espaces publics clos, j’ai su que je n’avais rien manqué. La lecture de la presse m’a surtout appris par la suite qu’Emmanuel Macron comptait continuer comme avant mais en prenant un « nouveau chemin » pour y arriver. Waouh !

La France se débat pourtant dans une crise économique, sociale, environnementale et sanitaire très importante ; l’occasion, si je peux paraphraser quelqu’un, de se réinventer !

Je ne vais pas analyser ici l’ensemble de ses déclarations. Juste deux ‘coups de gueule’ et, l’objet principal de ce billet, un certain focus sur la hausse attendue de l’’endettement et le retour de l’austérité que cela fait craindre.

Emmanuel Macron prévoit en effet un plan de relance « d’au moins » 100 milliards d’euros. Ceux-ci doivent être financés par l’endettement et, il faut le préciser pour être complet, par des aides européennes qu’il doit aller négocier dans le cadre du plan de relance européen à l’ordre du jour du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des 17 et 18 juillet à Bruxelles. Ce sommet a été prolongé le 19 juillet (jour de publication de cet article). On se demande vraiment, à cet instant, s’il débouchera sur quelque chose à la hauteur des crises que nous connaissons.

Cette hausse de l’endettement, surtout dans le contexte d’un nouveau gouvernement toujours acquis aux thèses du néolibéralisme, fait craindre le retour des mesures d’austérité qui ont été la marque de ces dernières années.

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Mon premier coup de gueule concerne la transition écologique et les suites de la Convention citoyenne sur le climat. A priori, hors l’annonce de faire figurer dans la Constitution la lutte contre le changement climatique par référendum à la Saint Glinglin « le plus vite possible », il n’y a rien eu d’autre que les grandes déclarations dont le Président a l’habitude de nous dispenser sur le sujet. Il aura fallu attendre le discours de politique générale de Jean Castex pour avoir quelques orientations et précisions, notamment budgétaires. Espérons que, cette fois, les actes suivront les paroles !

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Mon second coup de gueule concerne son (nouveau) mea-culpa sur ses « maladresses » et ses « phrases sorties de leur contexte ». En fait, Françaises, Français, soyons clair ! Si vous n’êtes pas totalement d’accord avec notre Président, c’est que vous n’avez pas compris ; vous n’avez pas compris ce qu’il dit, vous n’avez pas compris tout ce qu’il a fait pour vous depuis trois ans, vous n’avez pas compris sa vision de la France, de l’économie, du pacte social national, du monde, sa vision qui est la seule qui puisse exister. Ne croyez surtout pas que vous avez longuement et mûrement réfléchi, que vous vous êtes ainsi forgé une opinion structurée et argumentée et que, vraiment, vous n’êtes pas d’accord. Non ! Oubliez tout ça ! Vous n’avez pas compris ; il faut donc qu’on vous le réexplique.

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L’endettement public donc ! Il va augmenter fortement ; on s’attend qu’il passe de presque 100% à 120% du PIB ; hausse numériquement d’autant plus forte que le dénominateur diminue. On est bien au-delà des 90% qui, il y a peu encore, faisaient craindre le pire aux économistes orthodoxes / néolibéraux dont la pensée prédomine aujourd’hui. Et pourtant, dans le contexte où tous s’accordent maintenant sur le fait qu’il n’y a pas de niveau optimum d’endettement public, la France bénéficie d’une bonne signature et rien n’indique que cela devrait changer.

Pour y faire face, Emmanuel Macron nous assure qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts. Tout juste peut-être un décalage dans le temps de la disparition de la taxe d’habitation pour les plus aisés. En outre, les entreprises devraient voir diminuer leurs impôts « de production » (il faudra d’ailleurs que soit précisé ce que ce terme recouvre exactement).

Exit donc un rétablissement de l’ISF – et a fortiori, un prélèvement exceptionnel sur les plus hauts patrimoines à la sortie de la ‘guerre’ dont nous a tant parlé Emmanuel Macron et ce qui a été fait à plusieurs reprises et dans de nombreux pays dont la France, l’Allemagne, les USA, l’Italie, le Japon ; exit la fin du Prélèvement Forfaitaire Unique des dividendes – la ‘flat tax’ qui s’est substitué à la taxation selon le barème progressif de l’impôt sur les revenus ; exit le retour aux niveaux antérieurs des prélèvements sur les stock-options ; exit la réintroduction de la tranche de la taxe sur les salaires supérieurs à plus de 150 000 €/an appliquée dans les métiers de la finance ; exit l’introduction de nouvelles tranches supérieures de l’impôt sur les revenus ; exit un alourdissement de la contribution exceptionnelle sur les plus hauts revenus (revenu fiscal de référence supérieure à 250 000 €) ; exit., exit, exit… Exit aussi la remise en question de toutes les mesures élargissant les avantages fiscaux fait ces dernières années sur les placements financiers.

Maintien annoncé par contre de l’économie faite depuis les deux premières années du quinquennat Macron sur le dos des plus pauvres avec la baisse de presque 10 € sur des APL touchées par près de 6.5 millions de bénéficiaires.

Feues aussi (avant même d’être nées) des solutions proposées par nombre d’économistes qui ont l’heur (je ne me prononcerai pas pour eux pour dire si c’est un bon-heur ou un mal-heur) de ne pas souscrire et de ne pas promouvoir la pensée néolibérale hégémonique : transformation des dettes d’Etat détenues par la BCE en dettes à très long terme, voire perpétuelles ; voire, tout simplement, leur annulation permettant ainsi aux Etats de retrouver des marges de manœuvres pour financer en particulier la transition écologique ; monnaie ‘hélicoptère’ – ce qui consiste à verser de l’argent directement sur les comptes des ménages ; mutualisation des dettes au niveau européen ; et je n’ose pas parler du financement directement par la BCE de certaines dépenses des Etats – par exemple, celles nécessitées par l’urgence climatique – sans passer sous les fourches caudines des marchés (i .e. des banques commerciales) ; …

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Par contre, on va ‘cantonner’ des dettes, les isoler éventuellement dans une structure ad hoc, pour ne les rembourser que dans très longtemps (30 à 50 ans).

On ne parle pas ici (bien sûr selon la doxa néolibérale ; malheureusement à mon avis) du financement de la reconstruction sociale / sociétale après des années et des années d’une imbécile et injuste austérité d’inspiration néolibérale ni des dettes à contracter pour ‘réparer’ et restaurer tous les services publics, non seulement l’hôpital (et plus généralement les services de santé) mais aussi l’enseignement, la protection et la solidarité sociales, la recherche, les transports publics, la justice, la culture, le maintien de l’ordre, le patrimoine, la production et la distribution d’énergie et d’eau, les infrastructures routières, ferroviaires et fluviales…

On parle encore moins des sommes à mettre en place pour réaliser une profonde et rapide transition écologique…

Non ! On parle ici des dettes liées à la crise sanitaire du coronavirus ; la « bonne » dette d’une certaine façon. Mais quid de la « mauvaise » dette, celle qui existait avant l’arrivée du Covid 19 ?

Les apôtres, les zélotes du néolibéralisme, nous disent déjà qu’il faudra, comme avant, la résorber.

Regardons juste la déclaration sur le sujet de Bruno Le Maire (qui reste ministre de l’économie dans le nouveau gouvernement Macron Emmanuel Jean Castex) ; il a affirmé il y a tout juste quelques jours, que « à un moment donné, il faudra aussi faire des efforts sur la dépense publique ». Ou encore ce qu’a dit en début de mois Pierre Moscovici (qu’Emmanuel Macron vient de nommer Président de la Cour des comptes) : pour lui, quand nous serons sortis de la situation d’urgence actuelle, « il faudra nous inscrire dans un rythme soutenu et régulier de redressement de nos finances publiques ».

Je voudrais porter une attention plus particulière aux déclarations de François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et par ailleurs soutien affiché d’Emmanuel Macron ; il exprime particulièrement bien la pensée néolibérale dominante. Ainsi, il préconise, une fois surmontées les conséquences du confinement, « d’avoir une politique à moyen terme de réduction de la dette clairement communiquée et assumée ». Et comme il récuse toute hausse d’impôts, cela devra passer par « une maîtrise de nos dépenses publiques ».

Il soutient aussi que « notre modèle public est trop couteux ». Ce qui signifie, je suppose, continuons d’y dépenser toujours moins, continuons de le casser ; et tant pis si, par exemple, une autre crise prouve une nouvelle fois que notre système hospitalier n’est pas à la hauteur. Il ajoute qu’ « il faut passer du bouclier public à la confiance privée » ; faut-il comprendre qu’il faut privatiser au maximum même si cela signifie qu’une large partie de la population française n’ait plus accès aux services publics même essentiels –cela étant déjà une réalité pour certains – et/ou ne puisse pas payer pour une bonne protection sociale.

Il énonce notamment cela sur l’écart entre les taux de dépenses publiques affichés par la France et les autres pays européens ; et il le fait sur la base d’arguments insuffisamment précis et qui en deviennent ainsi erronés. On peut notamment et utilement préciser – ce qu’il ne fait pas – que cet écart provient notamment – et même principalement – de choix différents dans la prise en charge publique / privée de la santé, des retraites, de la couverture sociale, de l’enseignement ; de choix concernant donc notre modèle public, notre modèle social, notre modèle de société. Mais il résulte aussi de modes de comptabilisation différents, en particulier en ce qui concerne les crédits d’impôts, ainsi que de dépenses de défense comparativement importantes en France.

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Pour faire face à ce « mauvais » endettement, il faudra donc selon les apologistes du néolibéralisme, procéder à de nouvelles mesures d’austérité. Ainsi, il faudra faire de nouvelles coupes dans les services publics et donc les dégrader encore plus tout comme il faudra accentuer toutes les dérèglementations financières, bancaires, monétaires, économiques, sociales, environnementales et aussi privatiser – et en conséquence, ouvrir à la concurrence – dans tous les secteurs, y compris la santé, l’éducation, la sécurité, le logement social, l’eau, l’énergie, les transports urbains, ferroviaires et aériens, les télécommunications, la culture…, même si une part de plus en plus large de nos concitoyen(ne)s restent ‘au bord du chemin’… Et in fine, cela conduira à une amplification des inégalités, les plus riches continuant à s’enrichir aux dépens des classes moyennes et laborieuses, dans un mouvement cumulatif sans fin.

C’est tout ce que nous avons connu ces dernières années ! Et qui, comme par le passé, nous sera présenté comme étant d’absolues et d’impérieuses nécessités !

C’est tout ce contre quoi nous devons nous battre pour que « le monde d’après ne soit pas comme le monde d’avant et a fortiori, qu’il ne soit pire ».

Il y a plein d’autres solutions que celles qui nous sont présentées actuellement par nos gouvernants.

Il faut que nous nous battions pour les promouvoir, pour créer un véritable changement, un véritable choc que je qualifie (par ordre alphabétique) de climatique, d’environnemental, d’humaniste (dans le sens de placer l’humain au centre, d’en faire la priorité) et de social.

Stephen Hawking : « la montée de l’Intelligence Artificielle pourrait être la pire ou la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’humanité ». C’est déjà ce que nous vivons aujourd’hui !

Stephen Hawking pensait que « la montée de l’Intelligence Artificielle pourrait être la pire ou la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’humanité ».

Mais c’est en fait ce que nous vivons déjà aujourd’hui !

Le professeur Stephen Hawking, un des plus célèbres scientifiques contemporains, est surtout connu pour ses travaux sur l’astronomie et plus particulièrement sur les trous noirs et sur l’expansion de l’univers. Les dernières années de sa vie pourtant, il s’est exprimé à plusieurs reprises sur l’Intelligence Artificielle.

L’une de ses premières interventions sur le sujet a été faite en décembre 2014 à la BBC : il exprimait alors ses craintes à ce que « le développement d’une intelligence artificielle ‘complète’ puisse mettre fin à l’humanité… [Qu’] une fois que les hommes auraient développé l’intelligence artificielle, celle-ci décollerait seule, et se redéfinirait de plus en plus vite… [Que] les humains, limités par une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés ».

Cette déclaration avait eu un retentissement d’autant plus important que quelques mois plus tard il signait, à côté de plus d’un millier de personnes dont une majorité de chercheurs en IA et en robotique, un appel pour faire interdire les armes létales autonomes ; à savoir les robots tueurs, les armes capables de sélectionner et d’attaquer des cibles, quelles qu’elles soient – y compris donc humaines – de façon autonome, sans l’intervention d’aucun être humain. Parmi les autres signataires, on trouve notamment le dirigeant de Tesla, Elon Musk, le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak et le fondateur de DeepMind, entreprise travaillant sur l’intelligence artificielle qui a été rachetée par Google, Demis Hassabis.

A côté des problèmes éthiques et juridiques que le développement de cette technologie suscite, les signataires posaient « la question clé de l’humanité, aujourd’hui, [qui] est de savoir s’il faut démarrer une course à l’armement doté d’IA ou l’empêcher de commencer ». Ils pointaient aussi les risques de dissémination de ces armes « dans les mains de terroristes, de dictateurs souhaitant contrôler davantage leur population et de seigneurs de guerre souhaitant perpétrer un nettoyage ethnique ».

Mais Stephen Hawking reconnaissait dans le même temps que les formes ‘primitives’ d’intelligence artificielle développées jusqu’à présent se sont déjà révélées très utiles. Il n’a ainsi pas hésité à déclarer en octobre 2016 que « l’IA pourrait être le plus important événement de l’histoire de notre civilisation ». Il indiquait notamment « qu’avec les outils de cette nouvelle révolution technologique, nous serons capables de défaire certains dégâts sur la nature de la précédente – l’industrialisation. Et nous pouvons espérer éradiquer enfin la maladie et la pauvreté ». En effet, l’IA rend notre vie plus aisée, plus facile, plus confortable ; nous en connaissons tous de multiples exemples.

Mais les inconvénients que constitue l’Intelligence Artificielle, même aujourd’hui où elle n’a pas atteint le niveau de complétude craint par Stephen Hawking, sont multiples.

Un des inconvénients qui vient rapidement à l’esprit est le remplacement de l’homme – et donc la progression du chômage. Et pas seulement pour des tâches mécaniques et répétitives mais pour des travaux parfois très complexes. Jusqu’à maintenant, il est toutefois admis que, globalement, le développement de l’utilisation de l’IA a créé plus d’emplois qu’il n’en a détruit.

Le premier exemple qui me vient à l’esprit est le répondeur automatique de notre fournisseur d’énergie ou d’accès à Internet ou de notre e-commerçant favori – et parfois honni – ou … ; nous avons tous été en contact à de nombreuses reprises avec ces ‘agents conversationnels’, ces ‘chatbot’. On peut aussi citer comme exemple les Transactions à haute fréquence – High Frequency Trading – réalisées sur les marchés boursiers par des algorithmes informatiques sans intervention humaine. Mentionnons également les avocats et l’arrivée dans leur métier de nouveaux acteurs tels que les LegalTech qui, certes, peuvent faciliter leur travail mais qui proposent aussi des offres de services juridiques en ligne, sans que l’un de ces professionnels du droit n’intervienne en chair et en os. Si on se projette dans le futur (proche ?), le développement des Camions Autonomes pourrait mettre au chômage une partie plus ou moins importante de toute une profession. La liste est longue !!!

Mais l’Intelligence Artificielle est aussi à la base de la reconnaissance faciale. Avec tous les problèmes que cela induit !

Amazone a annoncé ces derniers jours, interdire à la police pendant un an l’utilisation de son logiciel de reconnaissance faciale. Cette technologie utilisée aux USA depuis des années l’était en l’absence de tout cadre légal fédéral.

Mais ce qui a principalement motivé ce retrait, dans le contexte tendu suivant la mort de Georges Floyd, c’est le taux d’erreur important – à savoir le rapport entre les personnes identifiées comme criminelles du fait de leur ressemblance avec des photos présentes dans la base de données mais qui se sont révélées être totalement ‘innocentes’. Ce taux est tout sauf négligeable et selon les communications faites par des services de police aux USA mais aussi en Grande-Bretagne, il dépasse les 80% et peut atteindre 96% comme l’a reconnu il y a quelques jours le chef de la police de Détroit ! Il faut préciser en outre que la fiabilité de ces systèmes de reconnaissance faciale est moindre quand il s’agit de personnes non blanches.

Son utilisation potentielle pour cibler les minorités et pour envahir la vie privée est aussi mis en avant par Amazone. D’autres géants des hautes technologies de l’information et de la communication dont Google, Microsoft et IBM, se positionnent eux-aussi sur la même ligne.

Les possibilités de la reconnaissance faciale sont immenses. Elle peut être utilisée pour surveiller l’entrée de certains lieux. De nouvelles formes de paiement par reconnaissance faciale ont fait leur apparition il y a maintenant deux ans. Le système est déjà utilisé dans certains magasins pour détecter les émotions des clients et prévoir – et orienter – leurs comportements d’achat. On peut / pourra repérer certaines maladies sur le visage. On peut / pourra lire sur les lèvres. On peut / pourra détecter des « comportements suspects ». Etc., etc., etc…

Mais tous les gouvernements ne font pas preuve de la même retenue que les Etats-Unis. En Chine en particulier où on estime à plus de 200 millions le nombre de caméras en service, la reconnaissance faciale est présente dans le quotidien de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Et elle peut se révéler très intrusive ; même quand elle n’est pas utilisée comme un instrument de surveillance et de répression. Il est inutile de rappeler l’usage qui en est fait au Xinjiang contre la population Ouïghour ou à Hong-Kong contre les manifestants. Faut-il aussi rappeler le Crédit social ? Ce système vise à surveiller, évaluer, réglementer, sanctionner le comportement social, moral, financier et éventuellement, politique des citoyens chinois ; il repose pour une part significative sur la reconnaissance faciale.

Et en France ? On assiste à la mise en place de dispositifs de reconnaissance faciale à travers tout notre pays ! Plusieurs projets ont émergé à Nice, à Toulouse, à Valenciennes, à Metz. A Marseille et à Nice, la CNIL a rejeté deux projets de portique virtuel de contrôle d’accès dans des lycées tout comme à Saint-Etienne, elle n’a pas autorisé le projet de surveillance de certains quartiers. A Paris, la région Ile-de-France souhaite utiliser la reconnaissance faciale dans les transports en commun pour lutter, officiellement, « contre la menace terroriste ». Par ailleurs, des systèmes de reconnaissance faciale sont utilisés par des entreprises à des fins privées.

Ces utilisations de la reconnaissance faciale – dont, rappelons-le, la fiabilité est régulièrement remise en question – se déroulent dans un cadre juridique notoirement insuffisant pour protéger nos libertés individuelles et collectives, privées et publiques, de ces dispositifs de surveillance de masse.

En outre, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) interdit « l’’utilisation de la reconnaissance faciale sans le consentement des personnes qui y sont soumises ». Ce qui veut dire, me semble-t-il, que seuls les individus qui ont donné leur accord peuvent être identifiés par ces systèmes. Mais quid de l’utilisation que prônent certains, du fichier des Titres électroniques sécurisés qui concentre les données personnelles et biométriques de toutes les françaises et tous les français possesseurs d’une carte nationale d’identité ou d’un passeport ? Quid aussi de celle du fichier de traitement d’antécédents judiciaires qui regroupe plusieurs millions de français ? Ceux-ci n’ont pas forcément été condamnés mais il suffit pour y être inscrit qu’un agent de police judiciaire les suspecte d’être les auteurs ou les complices d’un crime ou d’un délit.

Le gouvernement français envisage par ailleurs de lancer, à l’instar de la ville de Londres il y a quelques années, une expérimentation de la reconnaissance faciale dans les lieux publics pour une durée de six mois à un an.

Il faudra que nous soyons tous très attentif à cette expérimentation, surtout dans sa dimension sécuritaire, et à l’évolution du cadre légal qui devrait la suivre.

En fait, je crains que, in fine, nous ne devions clamer haut et fort notre total refus de la société de surveillance que d’aucuns souhaitent nous imposer sous des motifs tous plus nobles et plus généreux les uns que les autres !

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PS : pour finir cet article sur une note un peu plus gaie, une citation empreinte de l’humour dont Stephen Hawking savait faire preuve : « la meilleure preuve que nous ayons que le voyage dans le temps n’est pas possible et ne le sera jamais, c’est que nous n’avons pas été envahis par des hordes de touristes venus du futur ».

A moins que la reconnaissance faciale n’ait pas fonctionné !