Il faut une union de la gauche pour les prochaines élections législatives !

Fabien Roussel a proposé à Jean-Luc Mélenchon une union en vue des élections législatives. Ceci n’est qu’un des appels, certes le plus officiel, pour qu’une union de toutes les forces républicaines de gauche (je sais combien cette expression est imprécise mais…) se fasse. Appels qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus pressants, notamment de ‘simples électeurs’ consternés par le résultat de ce premier tour, inquiets pour l’avenir et qui refusent de se résigner. Certains pourtant expriment des doutes et des objections à ce rassemblement !

Je ne dis pas que du passé, il faut faire table rase ! Mais il y a des moments où travailler ensemble sur ce qui nous unit est bien plus important que de ressasser ses griefs et de ruminer ses rancœurs. Quelle est la réelle urgence ? A quel immense danger devons-nous faire face ?

Que ce soit Emmanuel Macron ou Marine Le Pen qui remporte le scrutin du 24 avril, que ce soit par un néolibéralisme autoritaire ou par une extrême-droite plus ou moins radicale, notre république et notre démocratie seront encore plus mal parties ; je peux presque écrire ‘seront encore plus en danger’ car elles sont déjà bien malades. Cela pour mille et mille raisons qui parfois divergent mais qui, souvent, se recoupent.

Dans les deux cas de figure, on risque d’assister à encore plus de recul(s) de la Liberté (et de nos libertés pour des raisons sanitaires, sécuritaires ou autres), de l’Egalité (avec un accroissement des inégalités dans les divers domaines de notre vie et de notre société) et de la Fraternité (avec encore plus de divisions, d’exclusions, de rejets sous les motifs les plus divers et les plus variés).

Les prochaines législatives constituent un moyen pour la gauche de limiter les dégâts ; il faut qu’il y ait le plus de députés de gauche possible au Palais Bourbon pour défendre nos valeurs !!! Il faut qu’il y ait le plus de députés de gauche possible pour influer, voire orienter, les textes débattus au parlement. On a trop vu ces cinq dernières années combien une majorité parlementaire pléthorique et ‘aux ordres’ ont complètement anesthésié, annihilé le processus démocratique ; le Parlement est devenu une simple chambre d’enregistrement et les députés de la majorité macroniste n’ont cessé de faire montre de morgue et de mépris vis-à-vis de leurs collègues de l’opposition, de toutes les oppositions.

Ainsi, que La France Insoumise / l’Union Populaire et le Parti Communiste, passant au-dessus de toutes les déceptions et les rancœurs, s’allient dès maintenant pour affronter ensemble cette échéance d’une grande importance est une excellente chose. Même si je ne suis pas dupe du calcul du Parti Communiste qui cherche aussi à ‘sauver’ ses députés et, à plus long terme, ses implantations locales.

Les programmes écologiques/climatiques de LFI et de EELV sont très proches. Tout comme ces deux partis sont très proches sur bien des sujets sociaux, sociétaux, économiques. Pourquoi n’y aurait-il pas une alliance pour porter ces combats à la Chambre des députés ? Une alliance gagnant-gagnant pour le plus grand bien de tous.

Le PS ?!? Je pense que certains au PS sont encore de gauche. Non pas les éléphants décatis et rancis et les squelettes ambulants dont les pensées et les idées sont gangrénées par le néolibéralisme le plus pur et le plus dur et qui se sont ralliés et se rallient sans vergogne à Emmanuel Macron. Mais des hommes et des femmes de terrain, souvent tristes des évolutions de leur parti et dont le cœur penche nettement vers des valeurs humanistes, sociales, environnementales…

Il nous faut unir ces différentes forces, au niveau national certes mais aussi et surtout au niveau de chaque circonscription. Nous devons le faire pour pouvoir choisir notre destin et pour qu’il ne nous soit pas imposé par un(e) président(e) dans lequel nous ne nous reconnaissons pas.

Nous éviterons ainsi un éparpillement des voix. Nous aurons alors une coalition des forces de gauche qui permettra d’avoir un poids à l’Assemblée Nationale, même si elle est répartie en plusieurs groupes.

L’échéance des élections législatives est hyper-super-extra-méga importante. Cette étape doit être la plus victorieuse possible. Elle doit constituer une première marche sur laquelle nous pourrons prendre solidement appui pour la suite.

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Le film ‘Don’t Look Up’ d’Adam McKay dépeint la stupidité de notre monde politique.

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Voici le lien vers un très bel article du magazine ‘Jacobin’ qui analyse le film ‘Don’t look Up’. Film remarquable qui est sorti au moment de Noël sur Netflix. J’ai demandé à M. DeepL Traducteur de m’en faire la traduction ; je la partage ci-dessous.

https://jacobinmag.com/2022/01/adam-mckay-dont-look-up-climate-change-review?mc_cid=0a6102f906&mc_eid=c34b248f09

Ce film, si vous ne le savez pas déjà, est une allégorie sur le changement climatique et sur l’attitude de notre monde face à son annonce. Et tout comme dans la vraie vie en ce qui concerne le réchauffement climatique, dans ce film, ceux qui refusent de prendre en compte la réalité, « les méchants(,) sont une élite égocentrique et aveugle, et c’est leur cupidité, leur vénalité et leur stupidité qui les conduisent à des décisions diaboliques ». Et ne nous trompons pas ! « Ce sont les élites et les institutions du pays, y compris les médias, qui sont le vrai problème dans Don’t Look Up ». J’ai presque envie de rajouter : « et dans notre monde ».

Cette analyse d’un des magazines de la gauche américaine est percutante dans ce qu’elle montre de son pays ; et de notre monde largement ‘néolibéralisé’. Tout comme l’est ce film !

Tout comme le sont notre incompréhension, notre incrédulité, voire notre sidération ; tout comme le sont aussi notre colère et notre révolte quand on regarde le comportement – pour ne pas dire l’aveuglement – de nombre de nos dirigeants et décideurs face au réchauffement climatique, face à l’immense astéroïde qui fonce sur nous et dont les premiers effets se font sentir chaque jour de plus en plus fortement et nettement.

Film à voir ! Film dont il faut faire la promotion ! Film dont il faut rappeler et marteler que c’est une allégorie sur le réchauffement climatique et sur l’impasse sur laquelle nous sommes engagés en raison de la médiocrité et de la petitesse (pardonnez-moi de me répéter) de cette « élite égocentrique et aveugle », de sa cupidité, sa vénalité et sa stupidité !!!

Mais il y a une différence majeure : il est peut-être trop tard pour les personnages de ‘Don’t Look Up’, mais ce n’est pas le cas pour nous dans le monde réel. Prouvons à McKay qu’il a tort en ne partageant pas le sort de ses personnages ».

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PS : parmi les articles écrits sur ce film, à lire en particulier celui (en français) écrit par Nicolas Dufrêne, Directeur de l’Institut Rousseau (https://institut-rousseau.fr/) .

Cette analyse est faite sous un angle différent ; mais elle est tout aussi pertinente, intéressante et instructive !

https://usbeketrica.com/fr/article/don-t-look-up-peinture-de-l-absurde-en-taille-reelle?fbclid=IwAR1XX2jfVU-WA4DVhmIaymj1kpw0aevopWJ9Bo_-pCmuSO5T8niiW_MD7m0

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«««««««««« L’époque dans laquelle nous vivons est à la fois menaçante et incroyablement stupide. C’est l’un des traits caractéristiques de cette ère politique, et pourtant je ne vois pas beaucoup de films des années post-2016 qui capturent cette dynamique, ou même qui prennent la peine d’essayer, comme Don’t Look Up d’Adam McKay.

Les productions phares sur la politique du « P » majuscule dans les années Donald Trump avaient beaucoup de la première. Des véhicules comme The Post et The Comey Rule ont filtré les informations que nous avons tous regardées et lues après l’élection de 2016 à travers la lentille d’un thriller politique de style années 1970, et ont été célébrés pour avoir flatté les préjugés de l’establishment. Les héros étaient des institutions comme la presse et le FBI, défendant noblement les normes et la démocratie d’un assaut nixonien inégalé dans son danger. Ce n’est pas une coïncidence si cela s’est produit à une époque où une grande partie de l’establishment était convaincue d’être sur le point de découvrir un scandale d’espionnage tentaculaire et une conspiration dictatoriale tout à la fois.

Don’t Look Up est beaucoup plus adapté à la réalité que nous vivons actuellement. Il n’y a pas de méchant autoritaire qui met fin à la démocratie ; comme dans notre monde, la démocratie américaine du film a déjà été étouffée sous le poids de l’argent des oligarques et de la course au profit des entreprises. Il n’y a pas de conspiration diabolique secrète, du moins sous la forme salace que ces histoires de l’ère Trump ont imaginée ; les méchants sont une élite égocentrique et aveugle, et c’est leur cupidité, leur vénalité et leur stupidité qui les conduisent à des décisions diaboliques.

Le discours qui entoure actuellement le film vous a probablement appris qu’il s’agit d’une allégorie de la catastrophe climatique. Les astronomes Kate Dibiasky (Jennifer Lawrence) et Randall Mindy (Leonardo DiCaprio) découvrent qu’une comète de la taille du Mont Everest se dirige vers la Terre et déterminent (après avoir désespérément vérifié et revérifié) qu’elle est prête à provoquer un événement apocalyptique du type de celui qui a tué les dinosaures dans seulement six mois. Ils s’envolent bientôt pour Washington afin d’informer le président.

Le changement climatique est depuis longtemps comparé à l’approche d’un astéroïde par des scientifiques et des militants incrédules qui se demandent, tout en s’arrachant les cheveux, si nous répondrions avec le même déni et le même retard au genre de catastrophe planétaire immortalisée dans les superproductions de fin d’histoire comme Armageddon. Ces films nous ont conditionnés à supposer que non, nous mettrions sur pied une équipe de personnages courageux, rudes sur les bords mais avec beaucoup de cœur, qui, avec l’aide de la science moderne et de ressources gouvernementales illimitées, vaincrait le rocher spatial. Leurs seuls obstacles seraient leurs propres problèmes personnels, leur incapacité à travailler en équipe et l’immensité de la tâche elle-même.

McKay et David Sirota, le journaliste, collaborateur de Jacobin et ancien rédacteur de discours de Bernie Sanders qui a coécrit l’histoire du film, renversent ce scénario éculé. Et si le plus difficile n’était pas d’arrêter la catastrophe ? Et si le plus difficile était de convaincre les gens d’essayer ?

Dibiasky et Mindy sont frustrés à chaque étape de leurs efforts. Le directeur de la NASA – un donateur politique, apprend-on plus tard, qui n’a aucune formation en astronomie – ne les croit d’abord pas. La présidente Orlean (Meryl Streep) et son imbécile de fils et chef de cabinet, Jason (Jonah Hill), les ignorent d’abord, puis cherchent une raison pour retarder l’action ; les élections de mi-mandat approchent, après tout. La presse ne s’y intéresse guère, et le seul journal de l’establishment qui traite de l’histoire comme d’un blockbuster l’abandonne rapidement après que la Maison Blanche a contesté les données scientifiques. Le duo se retrouve dans une émission matinale populaire, mais un Dibiasky exaspéré est ignoré et moqué après ce qui ressemble à un effondrement à l’antenne.

Les choses ne s’arrangent guère lorsque le gouvernement finit par prendre la menace au sérieux, une version de ce qui pourrait arriver si les foreurs de pétrole de Michael Bay devaient opérer dans notre monde de polarisation culturelle, d’avidité effrénée et de psychose alimentée par les médias sociaux. Dans toute son absurdité, le film est une représentation déprimante et précise de cette époque spécifique, depuis le paysage médiatique insipide et les faiblesses du vedettariat des médias sociaux jusqu’à la publicité politique factice d’une mère de famille de banlieue qui dit sincèrement à la caméra que « les emplois que la comète va créer semblent formidables ».

Tout cela serait discutable si le film n’était pas bon. Heureusement, le film s’appuie sur les formidables performances comiques d’une équipe de choc – les deux acteurs principaux en particulier – qui continuent à nous intéresser à leurs personnages même s’ils nous mettent au défi de les abandonner. Mindy s’enivre de sa propre micro-célébrité et devient un peu plus qu’un agent du gouvernement. Dibiasky se retire complètement de la lutte dans une apathie maussade. C’est le fait de se souvenir de ce qui compte vraiment – le lien humain, les relations, les petits plaisirs comme s’asseoir autour d’une table pour dîner ensemble – qui les ramène du bord du gouffre, alors même que la planète glisse dessus. Le résultat est à la fois divertissant, tendu et dévastateur.

Rejeter le tournant anti-populiste

Le film s’écarte heureusement de l’une des pires impulsions du discours post-Trump et de ses tendances anti-populistes. Les critiques ont accusé les cinéastes de suffisance et de mépris pour les gens ordinaires, dépeignant un pays trop stupide pour se sauver lui-même. Ils ont tort.

Les gens du monde de Don’t Look Up ne sont décidément pas le problème. Les clients du bar amènent nos héros à dire l’horrible vérité sur l’inaction du gouvernement et réagissent avec inquiétude et violence. Un gentil garçon chrétien du Midwest, joué par Timothée Chalamet, suppose que la comète n’est pas réelle, mais change d’avis grâce à des preuves et à une persuasion extrêmement douce. Lors d’un rassemblement semblable à celui de Trump, Jason implore la foule de « ne pas regarder en l’air », jusqu’à ce qu’un participant au chapeau rouge le fasse et voit clairement la comète se diriger vers eux. « Putain, il nous a menti ! », crie-t-il.

Dans un renversement de la narration libérale dominante depuis 2016 – qui fait de tous les électeurs ordinaires de Trump des méchants irrécupérables et bigots, au point de fantasmer qu’ils perdent leur assurance maladie, ou rejette la faute sur les non-électeurs pour avoir laissé tomber leurs politiciens – ce sont les élites et les institutions du pays, y compris les médias, qui sont le vrai problème dans Don’t Look Up. Toutes corrompues par l’argent, elles induisent en erreur, manipulent et détournent le reste d’entre nous de ce qui compte vraiment. C’est peut-être la raison pour laquelle le film a été accueilli avec une hostilité surprenante par une grande partie de la presse traditionnelle, qui s’est surtout plainte du manque de subtilité du film.

Mais la subtilité n’est pas toujours une vertu. Strangelove, le classique de la guerre froide auquel le film de McKay a été comparé à juste titre, était loin d’être un cours magistral d’euphémisme, mettant en scène une armée américaine conseillée par un scientifique nazi doté d’une main sensible et meurtrière, et son plan final montrant un pilote de cow-boy jouissant pratiquement sur une ogive nucléaire en chute libre. Il y a différentes façons de faire un film, et tous les films sur le climat ne sont pas forcément l’excellent First Reformed de Paul Schrader. Les chiffres impressionnants de Don’t Look Up en streaming suggèrent que l’approche de McKay et Sirota a été la bonne pour leur objectif de secouer le public par les épaules et de le supplier de prêter attention.

Je ne suis pas non plus convaincu que le film soit aussi agressivement évident que ses détracteurs le prétendent. Ma première pensée après avoir vu le film a été pour sa retenue. Si vous ne faites pas partie de la minorité relative de personnes hyper conscientes du changement climatique ou si vous n’avez pas vu le film avant sa sortie, il y a peu de choses qui suggèrent son allégorie centrale, à part une poignée de brefs plans d’ours polaires et d’autres animaux sauvages dans des montages de fin du monde. Tout cela est suffisamment ambigu pour que, de manière anecdotique et sur la base de la réception du film jusqu’à présent, un nombre non négligeable de personnes aient pensé qu’il s’agissait en fait de la pandémie. Les critiques feraient bien de se rappeler que la plupart des gens ne sont pas des consommateurs d’informations habituels et très instruits comme eux.

Les comparaisons avec Folamour tiennent parce que les deux films font une chose similaire : ils prennent un élément de logique fondamentalement absurde et insensé qui est au cœur de notre politique – la politique nucléaire de destruction mutuelle assurée dans le film de Kubrick et le déni et même les illusions lucratives de la crise climatique dans celui de McKay – et les laissent jouer devant nous. Les résultats sont risibles et incroyables. Il est insensé que des personnes de pouvoir et d’influence mettent en péril l’arrêt de l’apocalypse littérale parce qu’elles y voient une opportunité de faire de l’argent ou parce qu’elles ne veulent pas parler des mauvaises nouvelles.

Et pourtant, c’est la réalité exaspérante de la crise climatique d’aujourd’hui, où des personnalités du monde des affaires et de la politique insistent sur le fait que la prévention d’un désastre planétaire est trop coûteuse et coûterait des emplois, et où le présentateur le plus progressiste des informations sur le câble justifie avec désinvolture l’absence de couverture climatique de sa chaîne par le fait qu’il s’agit d’un « tueur d’audience ». Pas plus tard que la semaine dernière, l’un des principaux journaux du pays a célébré avec joie le fait que les dirigeants du monde entier abandonnaient leurs engagements en matière de climat et « privaient la question de l’oxygène politique », ce qu’il appelle le « réalisme climatique ».

Pour toutes les critiques qui s’inquiètent du fait que le film sape son propre objectif, ou qu’il vole la vedette aux laborieux défenseurs du climat, il convient de se tourner vers les scientifiques et les militants. Le film y a reçu un accueil presque universellement positif, l’une des rares lueurs d’espoir dans une année pleine de nouvelles climatiques sombres. Les critiques sur son manque de subtilité n’ont pas touché les climatologues, qui considèrent les scènes où les astronomes tentent vainement de mettre en garde deux abrutis professionnels de l’information par câble non pas comme une satire exagérée, mais comme une réalité qu’ils ont vécue.

Le plus effrayant dans Don’t Look Up, c’est qu’aussi absurde qu’il soit, il exagère à peine. Une grande partie de notre élite politique est tout aussi avide et stupide, nos médias sont tout aussi insipides, et notre réponse à une catastrophe imminente est exactement aussi irrationnelle que dans le film. Mais il y a une différence majeure (et elle implique un spoiler) : il est peut-être trop tard pour les personnages de Don’t Look Up, mais ce n’est pas le cas pour nous dans le monde réel. Prouvons à McKay qu’il a tort en ne partageant pas le sort de ses personnages. »»»»»»»»»»»

Quelques réflexions sur le discours d’Emmanuel Macron du 24 novembre 2020

Hier soir, mardi 24 novembre, Emmanuel Macron a fait un discours de propagande sur son action dans cette crise sanitaire et sur ce qui va se passer maintenant. A ma grande honte, je dois avouer que je n’ai pas du tout été convaincu. Au contraire !

Cette allocution a plutôt eu l’effet de bien m’énerver : absence de démarche démocratique, maintien de la stratégie de la peur, persistance dans l’infantilisation des françaises et des français, poursuite et même accentuation des mesures autoritaires…

Il est vrai cependant que j’étais déjà passablement énervé avant même le début de l’intervention d’Emmanuel Macron sachant comment ces décisions avaient été prises. Elles ont en effet été arrêtées par un petit comité, le Conseil de défense dont on ne sait pas qui y avait participé. Il est tout à fait possible / probable que des ministres aient appris les mesures les concernant en regardant à la télévision le chef de l’Etat. Les réunions de ce Conseil de défense sont classées secret-défense ; quel bel exemple de démocratie et de transparence dans la gestion de cette crise qui nous intéresse toutes et tous au plus haut point.

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J’espérais, sans aucunement y croire d’ailleurs, une inflexion de la stratégie mise en place pour faire face à cette épidémie. Que nenni !

Dans le cadre d’une démarche démocratique volontaire, plusieurs membres de l’opposition parlementaire, tant de gauche que de droite, ont émis diverses propositions : intervention dans les discussions entre patronat et syndicat sur le télétravail qui, aujourd’hui, ne débouchent sur rien et laissent nombre d’employeurs et d’employés ‘bricoler’ dans un flou total ; échelonnement des horaires de travail et de cours permettant ainsi un meilleur étalement des transports en commun ; investissement en personnel, en matériels et en moyens dans les hôpitaux pour aider les urgences à ne pas être submergées – comme ils le sont d’ailleurs très régulièrement depuis des années – et plus profondément sur le long terme, engager une totale réforme de notre hôpital et plus globalement, de notre système de santé et de soins ; recrutement de personnel dans l’Education Nationale pour permettre un fort allègement des effectifs des classes ; amélioration du fonctionnement des ARS dont l’action, depuis le début de la pandémie, est très fortement critiquée tant par le milieu hospitalier et médical que par les autorités préfectorales et les élus… Aucune n’a été prise en considération !

Un point de forte contestation des français a certes été entendu. Les promenades et les activités physiques en extérieur ne seront plus autorisées pour 1 heure dans un rayon de 1 km mais pour 3 heures dans un rayon de 20 km. Il faut dire que les françaises et les français ne respectaient plus cette contrainte ; y compris Gérald Darmanin si j’en crois ce que j’ai lu. Et comme on ne peut pas surveiller et contrôler tout le monde…

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Mais cela n’a pas été plus loin ! Les conséquences humaines, sanitaires, psychologiques voire psychiatriques, sociales, sociétales, qui auraient conduit à revoir assez complètement le confinement tel qu’il est réalisé, sont certes évoquées – pour certaines d’entre elles – par Emmanuel Macron. Mais elles vont perdurer et on va mettre en place « une stratégie pour prendre en compte les conséquences de la pandémie et des confinements ». Aucun soulagement donc des souffrances et des troubles de ces personnes mais rendez-vous est pris aux calendes grecques !

Pas un mot par contre pour le port du masque obligatoire pour les enfants à partir de 6 ans. Tous les professionnels de l’enfance, psychologues et pédopsychiatres en tête, s’alarment des nuisances de cette mesure pour les besoins d’expression des enfants sur les plans affectif, langagier, émotionnel, corporel. Les médecins alertent par ailleurs sur les problèmes pneumologiques et respiratoires que le port du masque plusieurs heures par jour peut occasionner.

Et que dire du port du masque pour les femmes alors qu’elles sont en train d’accoucher et lors de leur premier rapport visuel, sensitif, charnel avec leur bébé tout juste né ?

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Le développement d’une stratégie de la peur a imprégné tout le discours d’Emmanuel Macron. Schématiquement, ce que le Président de la République nous explique, c’est que, si ça va mieux, c’est grâce à nous tous certes mais surtout grâce à lui qui a pris les bonnes dispositions. Et si ça ne marche pas, c’est de notre faute, on n’a pas fait tout ce qu’il nous avait été dit de faire.

Emmanuel Macron insiste donc fortement sur la nécessité de poursuivre les efforts dans la voie qu’il a indiquée. Il nous prévient ainsi, à plusieurs reprises, qu’il faudra « tout faire pour éviter une troisième vague, tout faire pour éviter un troisième confinement ». Et il décline toutes les restrictions que nous devons nous imposer pour limiter la propagation du virus et protéger les personnes les plus vulnérables.

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Nous ne sommes pas des enfants ! Nous sommes des adultes responsables et autonomes ! Nul besoin de nous dire ce que nous devons faire et les précautions à prendre dans toutes les sphères de notre vie, professionnelle, sociale, privée et même familiale pendant cette période dont tous, nous mesurons bien les enjeux collectifs ! Et surtout, pas besoin de nous menacer et de chercher à nous effrayer sans cesse.

Cette infantilisation des françaises et des français est aussi visible dans le maintien des ‘ausweis’, pardon des attestations de déplacements. ‘Et vous obéissez bien ! Sinon, attention, pan-pan cucul !’ Car, même si cela n’a pas été dit, les amendes de 135 € continueront à pleuvoir. Les témoignages abondent sur les réseaux sociaux sur les amendes mises à des personnes se trouvant à plus d’un kilomètre de leur domicile, ayant oublié de prendre leur attestation ou l’ayant remplie au crayon à papier… En fait, pour tout un ensemble de motifs suscitant l’incompréhension… et la colère.

Combien de kilomètres-carrés de forêts cette aberration des attestations va-t-elle d’ailleurs coûter ?

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On note aussi la poursuite des mesures autoritaires. Je viens de parler de l’obligation d’avoir son attestation de sortie et tous les justificatifs nécessaires dûment signés par l’établissement scolaire ou l’entreprise ou les parents ou le Pape ou le Grand Mufti ou qui sais-je encore.

Mais cette dimension autoritaire prend une ampleur supplémentaire quand Emmanuel Macron veut prévoir « les conditions pour s’assurer de l’isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante ». Et il insiste quand il dit : « si nous voulons éviter un troisième confinement (à nouveau, la stratégie de la peur), nous devons être plus contraignants à l’égard de celles et ceux qui ont le virus ».

Là, nous restons certes dans la stratégie de la peur mais nous entrons aussi dans le mensonge ! Les personnes dont parlent Emmanuel Macron sont les personnes testées positivement sur la base de tests PCR. Ces tets indiquent que la personne a dans ses fosses nasales de l’ARN de SARS CoV 2 et aucunement que la personne ait la maladie Covid 19 – ni même qu’elle ait le moindre risque de la développer si ce ne sont que des fragments de l’ARN viral qui ont été décelés. Le Président de la République va plus loin lorsqu’il vise aussi les cas contacts qui sont des « personnes [qui ont été] exposées à quelqu’un qui a la COVID 19 », de personnes qui, en réalité, ont seulement été testés positifs et donc, dont on n’est aucunement sûr qu’ils soient malades ou qu’ils le seront prochainement.

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Cet autoritarisme s’exprime aussi sur la fin de l’intervention d’Emmanuel Macron. Il nous invite ainsi à nous préparer « à affronter les crises qui viennent » (stratégie de la peur) et pour cela, il insiste beaucoup sur la nécessité de « s’en remettre au savoir et à la science, ne jamais céder au complotisme, à l’obscurantisme, au relativisme ».

De quel savoir et quelle science parle-t-il ? Qui décide ce qui est vrai et faux ? Qui fixe en fait la doxa à laquelle nous devons souscrire sans sourciller… et sans réfléchir ? Doxa qui, selon Emmanuel Macron, ne devra en aucune façon et à aucun moment, être remise en question ; ceux qui le feront ne seront que des complotistes, des obscurantistes, des relativistes. Quel ‘beau’ moyen de déconsidérer avant même qu’elle ne s’exprime, toute personne voulant exposer un avis contraire, le mettre en débat.

Ce qui caractérise un véritable scientifique (mais aussi toute personne ouverte et honnête), c’est le doute qui incite à remettre en cause perpétuellement ce que l’on croit ! C’est accepter la contradiction pour faire jaillir une vérité plus grande et plus juste. On est loin des perroquets qui écument les plateaux télé et les stations de radios pour assener avec force la propagande gouvernementale, la doxa à laquelle nous devons adhérer. Et pourtant, nous risquons d’en voir encore beaucoup.

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Oui ! J’étais énervé lorsque Emmanuel Macron a fini de parler.

Et quand je réfléchis à ce qu’il a dit, je le suis encore plus !

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PS : Emmanuel Macron a aussi annoncé un certain nombre de mesures de soutien à l’économie. Dans quelques jours, je posterai un article sur ce sujet.

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MAJ du 30 octobre : l’article annoncé ci-dessus (lien ici) a en définitive comme sujet l’interview de François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, le matin du 24 novembre. Le même soir, Emmanuel Macron a présenté ses mesures de soutien à l’économie qui seront financées par l’endettement comme il faut le faire.

« Endettement qu’il faudra rembourser très vite dans le contexte d’une maîtrise souhaitable des dépenses publiques » si je traduis les propos de François Villeroy de Galhau.

Ce qui signifie, sans langue de bois, en instaurant de nouvelles mesures d’austérité !

A lire ici !

Ça y est ! On est (presque) reconfiné !

Emmanuel Macron en a décidé ainsi. Dans toute l’Ile-de-France et dans 8 grandes métropoles, il est interdit de circuler de 9 h du soir à 6 h du matin. Et on revient une fois encore dans la rhétorique guerrière : on a un couvre-feu. Là, on ne nous demande pas d’occulter toutes les lumières pouvant aider l’aviation ennemie, celle de la sournoise et perfide Cofidie-19, à nous bombarder ; mais on n’en est pas loin.

En fait, tous les organes de propagande officielle nous en avaient informé. Il y a plusieurs jours que le couvre-feu est annoncé et que les polémiques stériles fleurissent ! Il commencera à 20 h ; non à 22 h ; non, à 21 h. Et il se terminera à 6 h ; non, à 5 h. Aucune analyse de fond de nos médias mainstream quant à la pertinence et à l’efficacité de cette mesure ; juste des chicaneries et des ergoteries, le fond de la mesure ayant été validé sans aucune réflexion.

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Donc après la distanciation sociale, l’isolation sociale, la non-vie sociale. N’allez plus au restaurant, dans un bar, au cinéma, au théâtre, à la salle de sport, en boite de nuit, à un concert ou à n’importe quel spectacle, dans un musée ou un quelconque lieu culturel… N’allez plus chez des amis ou voir votre famille. Surtout, continuez à aller travailler, à aller à l’école ou à l’université, à prendre les transports en commun. Mais n’ayez aucune vie sociale !

En fait, quand on regarde la répartition des clusters par type de collectivités établie par Santé Publique France, 25% se trouvent sur le lieu de travail (‘entreprises privées et publiques’) et 21% dans le milieu scolaire et universitaire. Mais ces clusters-là ne seront pas affectés par les dispositions prises. Par contre, les ‘évènements publics ou privés : rassemblements temporaires de personnes’ selon la terminologie officielle qui constituent 10.3% de l’ensemble des clusters (à la 4ème place), il faut s’y attaquer.

En fait, l’excuse (oserais-je dire la tentative de parade ou même de camouflage) face à cette simple constatation est de dire, comme cela circule dans les sphères gouvernementales, que la plupart des personnes qui entrent à l’hôpital ces derniers temps pour cause de contamination au Covid-19 affirment avoir participé à une soirée quelques jours plus tôt. Ils ne sont pas allés travailler, ils ne sont pas allés à l’université. Non ! ils ont participé à une soirée avec des amis ou de la famille quelques jours avant ! C’est tout : et c’est là qu’ils ont contracté la maladie.

Et pour bien affirmer cela, des voix dites expertes (i.e. des ‘prostitué(e)s de la Macronie), parlent maintenant d’ ‘angles morts dans les politiques de repérage’. Ce qui, en fait, n’a d’autre but que de cibler la sphère privée.

[ Une parenthèse pour préciser que le troisième secteur dans lequel les clusters sont déclarés depuis le déconfinement de mai dernier est celui des établissements de santé (11.3%). Vraiment triste car je ne peux m’empêcher de penser que ce sont les personnels soignants, les ‘premiers de cordées’, qui sont ici touchés. Eux qui ne cessent de clamer semaine après semaine, mois après mois, leur épuisement moral et physique. Sans aucun écho du gouvernement ! ]

Enfin, j’exagère. On peut continuer à avoir une vie sociale. Mais pas à plus de 6 personnes, que ce soit chez soi ou dans la rue.

Une question : si un cor-beau ou une cor-belle (féminin de corbeau comme nous le savons tous) appelle (anonymement bien sûr) la Police pour ‘signaler de façon très citoyenne’ un rassemblement de plus de 6 personnes chez son voisin ou de l’autre côté de la rue, que se passera-t-il ? Les forces de l’ordre pourront-elles faire irruption dans un domicile privé ? Pourront-elles condamner à une amende de 135 € chaque participant ? Voire à une contravention d’un ‘montant dissuasif en cas de récidive’ si j’ai bien compris Emmanuel Macron ? Dissuasif d’ailleurs pour les classes moyennes ou laborieuses mais pas pour les hyper-riches, super-riches et autres très-riches que choient sans cesse notre Président de la République.

Et la question va se poser quand les gens voudront manifester. Je vois d’ici les interdictions au nom de la pandémie ; et les violences et les amendes qui vont pleuvoir sur les personnes souhaitant exercer malgré tout ce droit dans notre pays qui est encore celui des libertés.

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Comment en est-on arrivé là ? C’est en fait la conséquence d’un double échec.

J’exonère partiellement (j’ai bien dit partiellement) Emmanuel Macron du premier échec : le manque de moyens humains et matériels, le manque de places dans les hôpitaux. Nicolas Sarkozy a décidé que l’hôpital devait être géré comme une entreprise dont le but ultime est la rentabilité. François Hollande a poursuivi cette politique tout comme Emmanuel Macron. Et ceci, malgré son crédo que « la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. » (Oh combien je suis d’accord avec cette affirmation).

Mais là où je n’exonère pas Emmanuel Macron, c’est qu’il a poursuivi cette politique mortifère (sans jeu de mots). Mais encore plus, c’est que ce qu’il donne d’une main (5.2 milliards de dépenses supplémentaires programmées par le Ségur de la santé signé en juillet avec les syndicats), il le reprend de l’autre. La loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2021 présentée début octobre prévoit près de 1 milliard d’euros d’économies dans les établissements de santé. Combien de lits, combien de personnels, combien de revalorisations salariales, combien d’investissements promis sont ainsi supprimés au nom de l’ONDAM – l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie – créé sous Nicolas Sarkozy et que ni François Hollande, ni Emmanuel Macron n’ont depuis remis en cause ?

Et puis, cette seconde vague dont on nous parle depuis des mois, pourquoi le gouvernement ne l’a-t-il pas anticipé ? Pourquoi n’a-t-il pas dans l’urgence ouvert des lits ? Ceci étant dit en incluant toutes les composantes humaines et matérielles que cela suppose. Pourquoi ?

Le second échec est lié à la politique des tests. Un réel échec comme l’a reconnu Emmanuel Macron ! Faire un test et n’avoir le résultat qu’une semaine à 10 jours après est totalement inutile ; d’autres bien plus compétent que moi l’ont dit et redit depuis des semaines. Mais cela n’aurait pas permis au gouvernement de clamer que le nombre de tests étaient en augmentation exponentielle. C’était ça le message ; le nombre de tests réalisés est en hausse exponentielle. Et tant pis si les conditions dans lesquelles ils sont effectués font que leur utilité est plus que limitée.

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Je tiens pour finir à mettre en exergue, dans la conclusion d’Emmanuel Macron où il insiste que nous devons être « lucides, collectifs, unis », cette phrase : « nous sommes une Nation de citoyens solidaires. Nous ne pouvons pas nous en sortir si chacun ne joue pas son rôle, ne met pas sa part. ».

J’ai immédiatement pensé qu’il faisait référence aux milliards et milliards d’euros donnés aux grands groupes sans aucune contrepartie en termes de maintien de l’emploi, de formations, d’investissements dans notre pays, de relocalisation d’activités, d’engagements environnementaux ou dans les transitions écologique et énergétique. J’ai aussi pensé qu’il parlait du ‘1 %’ qui bénéficie depuis le début de sa présidence de cadeaux après cadeaux : suppression de l’ISF ; instauration d’une ‘flat tax’ qui s’est substituée à la taxation selon le barème progressif de l’impôt sur les revenus ; réduction des prélèvements sur les stock-options ; suppression de la tranche de la taxe sur les salaires supérieurs à plus de 150 000 €/an appliquée dans les métiers de la finance ; refus en cette période de crise d’un alourdissement de la contribution exceptionnelle sur les plus hauts revenus (revenu fiscal de référence supérieur à 250 000 €), voire de l’introduction de nouvelles tranches supérieures de l’impôt sur le revenu ou d’un prélèvement exceptionnel sur les plus hauts patrimoines… Et j’ai compris qu’il allait mettre bon ordre à tout cela !

Mais là, je me suis réveillé. Et j’ai compris que je rêvais !

Ils ont tué les dix petits nègres !

Bon ! Agatha Christie les avait déjà occis un par un ; mais là, ils les tuent à nouveau !

Et donc le roman « Les dix petits nègres » va dorénavant s’appeler « Il étaient dix » ; le titre original de ce best-seller mondial qui est aussi le plus grand succès d’Agatha Christie, est pourtant Ten little niggers (1). Et le titre n’est pas le seul à changer ; le mot ‘nègre’, utilisé des dizaines de fois dans la traduction initiale (et 74 fois dans le manuscrit original – 1938 – d’Agatha Christie), a été supprimé de la nouvelle version.

En la demeure, la France fait figure de retardataire : le changement de titre a été fait depuis des années dans les pays anglo-saxons. Aux USA, le titre a même été changé en ‘Il n’en resta aucun’ dès 1940 ! Agatha Christie avait accepté ce changement non pas sous la pression des noirs (à l’époque, ils n’avaient pas voix au chapitre) mais sous celle des blancs qui n’acceptaient pas que les personnages du roman, tous blancs, puissent être assimilés à des ‘nègres’.

Et maintenant en fait, il ne s’agit que de s’aligner sur les autres éditions nationales, anglaises et américaines notamment.

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Le but de ce changement est, nous explique-t-on, de ne pas blesser. Soit (avec un profond soupir) !

Je ne peux cependant m’empêcher de voir ici une nouvelle expression dans notre pays de la dictature et du totalitarisme du politically correct qui est d’inspiration communautariste et est en contradiction avec l’universalisme de la République Française. Universalisme que d’ailleurs, nous sommes en droit d’interroger, d’enrichir, de continûment construire ; y compris – et peut-être surtout – lors de tels débats. Mais là n’est pas mon propos.

Non ! Mon but est que la France aille plus loin, qu’elle soit un véritable précurseur dans ce domaine !!!

Il faut reconnaître toutefois que nous avons déjà bien commencé. Ainsi, en littérature, les écrivains n’ont plus de ‘nègre’ ; ils ont des ‘prête-plume’. Je ne sais pas si, pour ces derniers, cela change grand-chose.

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Nègre ! Il y a des milliers de personnes dont le nom de famille est Nègre. Vous imaginez la scène : deux personnes se rencontrent et se présentent ; « – Bonjour, mon nom est Nègre, James Nègre. – Aah ! Je suis blessé ».

Il faut que tous les Nègre de France… ; pardon. Il faut que toutes les personnes en France dont le nom de famille est Nègre – qu’elles soient (par ordre alphabétique) blanches, jaunes, noires, rouges, vertes, violettes à petits points fuchsia – changent de nom. Pour cela, il faut ajouter à la liste des intérêts légitimes qui justifient un changement de nom patronymique, le fait d’avoir un nom qui peut blesser autrui. D’ailleurs, pour les personnes ayant un tel nom, le changement ne devrait-il pas être OBLIGATOIRE ? Et quid de tous les noms dérivés de Nègre : Nègri, Nègro, Gouttenègre, Nègrevergne, Foretnègre, Vergnenègre… ? (2) Il faut se poser la question.

Nous avons aussi le cas de toutes les personnes non noires qui s’appellent Noir (ou Lenoir, Noiret, Nouar, Néri, Bouchenoir, Terrenoire, Marchenoir, Noirbusson, Crétinoir…). Et de toutes les personnes non blanches qui s’appellent Blanc (ou Blanche, Blanchet, Blanco, Blanchon, Blanchot, Blancheton, Blanchetière, Blanchemain, Blanchemanche…). Et nous avons encore les patronymes Jaune, Marie-Jaune, Rouge, Rouget, Rougeventre, etc., etc…

Je n’ose imaginer certaines présentations : «  – Je vous présente votre nouveau collègue, Madame Noir, Madame Jane Noir. – aah ! (au fond de l’open-space). Il faut donc que toutes ces personnes changent aussi de nom !

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Nous avons aussi un certain nombre de mots toponymiques sur lesquels il faudra nous interroger. Là, les canadiens nous ont devancé !

Dans l’Ontario, il a été décidé il y a une quinzaine d’années de renommer tous les noms géographiques et tous les noms de lieux contenant le mot ‘squaw’, une soixantaine en tout, ce mot ayant été jugé blessant / offensant (3). Même si le processus n’est toujours pas arrivé à son terme, nous pourrons nous inspirer du processus mis en place : propositions de noms par le public, filtres par diverses instances locales et choix entériné par une commission ad hoc. Juste une parenthèse pour indiquer que le nom ‘politically correct river’ n’a pas été retenu.

Au Québec aussi, suite à une décision de 2015, ce sont les lieux contenant ‘Nègre’ et ‘Nigger’ (une dizaine) qui vont être renommés. Le processus est en cours. Mais à noter qu’ailleurs au Canada, les noms publics contenant le mot ‘nègre’ ont déjà été tous changés.

Personnellement, en France, j’ai en tête le Cap Nègre dans le Var, l’oppidum de Teste-Nègre (en provençal Tèsto-Negro) près de Marseille et la ville de Nègrepelisse dans le Tarn-et-Garonne. Mais il y en a certainement beaucoup d’autres [ Merci de me dire si vous en connaissez d’autres que je complète cet article ]

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Et puis, bien sûr, nous avons un pays dont le nom devra d’autant plus être revu qu’il est candidat à une adhésion à l’Union Européenne : le Monténégro. Je pense qu’il convient que, dès maintenant, nous commencions à réfléchir comment le nommer.

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Et il y aussi (merci Françoise pour ce complément) une pâtisserie : la « Tête de nègre ». Mais les commerçants utilisent souvent déjà d’autres appellations telles que ‘merveilleux’, ‘boule meringuée au chocolat’, ‘boule choco’, arlequin’. Puis-je ajouter que pour bien réussir cette recette, il faut ‘fouetter les blancs’ vigoureusement pour qu’ils montent bien en neige !

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(1) Il est sans doute utile de rappeler que le titre original de ce livre écrit en 1938, fait référence à la comptine Ten Little Niggers, qui est l’adaptation britannique de la chansonnette Ten Little Indians.

(2) Merci au site de recherche généalogique : http://www.filae.com

(3) Dans la littérature américaine, le terme squaw est utilisé depuis le 16e siècle pour désigner les femmes amérindiennes. Mais, tout comme cela a été le cas pour le mot ‘nègre’, il a pris au fil du temps, une connotation péjorative et est devenu injurieux.