Les français vont devoir rembourser la dette liée à la crise économique, sociale et sanitaire actuelle en une vingtaine d’années. Et en commençant dès maintenant !

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Dans mon article du 19 juillet (cf. ci-dessous), je parlais du cantonnement de la dette Covid – c’est-à-dire de son isolement éventuel dans une structure ad hoc. Et je supposais, comme je pense beaucoup d’économistes et de financiers, que le remboursement de cette dette n’interviendrait que dans très longtemps et qu’en attendant, elle serait ‘sortie’ du ratio Dettes / PIB auquel les économistes orthodoxes (i.e. néolibéraux) tiennent tant. Même le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, était sur cette position quand il expliquait aux membres de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale qu’ « un traitement séparé de la dette héritée de la crise par un cantonnement partiel (avait) pour seul mérite de repousser son amortissement ».

Mais, d’après les explications de Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie et des Finances (et de la Relance, n’oublions surtout pas ce dernier item), l’organisme ad hoc créé pour cantonner cette dette, la Cadec (Caisse d’amortissement de la dette Covid), va fonctionner sur le modèle de la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale).

Cette dernière assure le remboursement des dettes des administrations de Sécurité Sociale grâce aux ressources qui lui sont attribuées, la CRDS et une partie de la CSG notamment. Et ceci depuis 1996 et non plus jusqu’en 2009 puis 2024 mais maintenant jusqu’en 2033 ; cette nouvelle prolongation résulte du transfert en juin dernier de 136 milliards d’euros. Les syndicats s’étaient pourtant fortement opposés à cette opération. Ils estiment – à juste titre – que c’est à l’Etat de prendre en charge intégralement les dettes imputables directement ou indirectement à la lutte contre la Covid 19 et à la crise économique et sociale qui en découle. Pour reprendre les termes d’un d’entre eux : « la facture est ainsi mise quasi intégralement à la charge des salariés et des retraités ». Cela va aussi compliquer (oserais-je dire, diminuer) le financement d’autres politiques sociales, voire plus globalement le financement de la Sécurité Sociale dans son ensemble.

Il faut signaler que la Cour des comptes a critiqué ce transfert en des termes qui ne laissent aucun doute quant à ce qu’ils signifient : « Cette démarche ne s’accompagne d’aucune mesure d’économies […] et ne s’inscrit pas dans une démarche de maîtrise globale des finances publiques ». Toute la pensée néolibérale en quelques mots ! La traduction de ce beau spécimen de la novlangue néolibérale donne : de l’austérité, moins de financements pour les services publics, encore plus de déréglementations dans tous les domaines, toujours plus de privatisations et de délégations au secteur privé, etc. !!!

Cette nouvelle structure, la Cadec, aura pour mission de procéder au remboursement de cette dette de l’Etat due à la crise du coronavirus ; a priori, ce transfert s’élèverait à 150 milliards d’euros et son remboursement courrait jusqu’en 2042.

La droite parlementaire critique d’ores et déjà fortement ce projet du gouvernement Macron. Pour Eric Woerth, président LR de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, celui-ci « a tout d’un artifice, pour éviter les sujets qui fâchent mais qui sont pourtant incontournables, à savoir les économies sur la dépense publique ».  Appel on ne peut plus clair à de l’austérité, à moins de financements pour les services publics, à encore plus de déréglementations dans tous les domaines, à toujours plus de privatisations et de délégations au secteur privé, etc. !!! Je ne peux que me répéter !

Je n’ai pas trouvé – mais j’ai peut-être insuffisamment ou mal cherché – d’avis de la gauche sur ce projet.

La Cadec devra rembourser cette dette avant l’échéance fixée, à savoir 2042. Elle ne pourra pas, comme l’Etat le fait très régulièrement, rembourser un emprunt à échéance en en contractant un nouveau et en ne payant que l’intérêt dû ; ce qu’on appelle ‘faire rouler la dette’. Elle ne pourra pas le faire, si ce n’est très marginalement. Elle devra, tout au long de cette période et quelles que soient les circonstances, rembourser capital et intérêts pour que tout soit apuré en 2042.

En fait, ce montage ne change en rien la situation d’endettement global. Il s’agit juste d’un affichage permettant de distinguer, telles que la doxa néolibérale ne va pas tarder à les appeler (je tiens le pari), la ‘bonne’ dette de la ‘mauvaise’ dette, celle due aux mesures liées à la pandémie que nous avons connue.

Mais il a aussi pour but de faire en sorte que les français payent en un peu plus de 20 ans, intégralement, une grande partie de la dette due à la crise que nous venons de traverser. Et cela notamment en vue de la diminution du ratio Dette / PIB qui devrait approcher les 120% en fin d’année, contre un peu plus de 100% au 1er trimestre 2020.

Emmanuel Macron, Jean Castex, Bruno Le Maire, toute la Macronie ne cessent de le clamer urbi et orbi : il n’y aura aucune augmentation des impôts. Ce qui signifie qu’il faudra trouver ailleurs les ressources fiscales pour rembourser de façon accélérée cette dette. Ce qui signifie qu’il faudra détourner certaines recettes et donc réduire certaines dépenses pour la rembourser.

Réduire certaines dépenses ? C’est-à-dire de l’austérité, moins de financements pour les services publics, encore plus de déréglementations dans tous les domaines, toujours plus de privatisations et de délégations au secteur privé, etc. !!! Et pas demain ou après-demain ; aujourd’hui !

Cela signifie aussi avoir moins de marges de manœuvre pour amortir les conséquences de la crise économique et sociale dans laquelle nous sommes entrés ; ceci tant auprès des populations les plus fragiles et les plus défavorisés qu’auprès des classes moyennes et qu’à destination des entreprises, petites, moyennes et grandes.

Cela signifie également moins de moyens pouvant être attribuées à l’indispensable et urgente transition énergétique / climatique.

L’austérité : le retour ?

Je n’ai pas écouté l’interview d’Emmanuel Macron mardi dernier. Je n’en attendais rien et j’ai préféré déjeuner sans me presser. Quand j’ai regardé les différents ‘live’ de cet interview et que j’ai vu que l’information essentielle était l’annonce du port obligatoire du masque dans les espaces publics clos, j’ai su que je n’avais rien manqué. La lecture de la presse m’a surtout appris par la suite qu’Emmanuel Macron comptait continuer comme avant mais en prenant un « nouveau chemin » pour y arriver. Waouh !

La France se débat pourtant dans une crise économique, sociale, environnementale et sanitaire très importante ; l’occasion, si je peux paraphraser quelqu’un, de se réinventer !

Je ne vais pas analyser ici l’ensemble de ses déclarations. Juste deux ‘coups de gueule’ et, l’objet principal de ce billet, un certain focus sur la hausse attendue de l’’endettement et le retour de l’austérité que cela fait craindre.

Emmanuel Macron prévoit en effet un plan de relance « d’au moins » 100 milliards d’euros. Ceux-ci doivent être financés par l’endettement et, il faut le préciser pour être complet, par des aides européennes qu’il doit aller négocier dans le cadre du plan de relance européen à l’ordre du jour du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des 17 et 18 juillet à Bruxelles. Ce sommet a été prolongé le 19 juillet (jour de publication de cet article). On se demande vraiment, à cet instant, s’il débouchera sur quelque chose à la hauteur des crises que nous connaissons.

Cette hausse de l’endettement, surtout dans le contexte d’un nouveau gouvernement toujours acquis aux thèses du néolibéralisme, fait craindre le retour des mesures d’austérité qui ont été la marque de ces dernières années.

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Mon premier coup de gueule concerne la transition écologique et les suites de la Convention citoyenne sur le climat. A priori, hors l’annonce de faire figurer dans la Constitution la lutte contre le changement climatique par référendum à la Saint Glinglin « le plus vite possible », il n’y a rien eu d’autre que les grandes déclarations dont le Président a l’habitude de nous dispenser sur le sujet. Il aura fallu attendre le discours de politique générale de Jean Castex pour avoir quelques orientations et précisions, notamment budgétaires. Espérons que, cette fois, les actes suivront les paroles !

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Mon second coup de gueule concerne son (nouveau) mea-culpa sur ses « maladresses » et ses « phrases sorties de leur contexte ». En fait, Françaises, Français, soyons clair ! Si vous n’êtes pas totalement d’accord avec notre Président, c’est que vous n’avez pas compris ; vous n’avez pas compris ce qu’il dit, vous n’avez pas compris tout ce qu’il a fait pour vous depuis trois ans, vous n’avez pas compris sa vision de la France, de l’économie, du pacte social national, du monde, sa vision qui est la seule qui puisse exister. Ne croyez surtout pas que vous avez longuement et mûrement réfléchi, que vous vous êtes ainsi forgé une opinion structurée et argumentée et que, vraiment, vous n’êtes pas d’accord. Non ! Oubliez tout ça ! Vous n’avez pas compris ; il faut donc qu’on vous le réexplique.

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L’endettement public donc ! Il va augmenter fortement ; on s’attend qu’il passe de presque 100% à 120% du PIB ; hausse numériquement d’autant plus forte que le dénominateur diminue. On est bien au-delà des 90% qui, il y a peu encore, faisaient craindre le pire aux économistes orthodoxes / néolibéraux dont la pensée prédomine aujourd’hui. Et pourtant, dans le contexte où tous s’accordent maintenant sur le fait qu’il n’y a pas de niveau optimum d’endettement public, la France bénéficie d’une bonne signature et rien n’indique que cela devrait changer.

Pour y faire face, Emmanuel Macron nous assure qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts. Tout juste peut-être un décalage dans le temps de la disparition de la taxe d’habitation pour les plus aisés. En outre, les entreprises devraient voir diminuer leurs impôts « de production » (il faudra d’ailleurs que soit précisé ce que ce terme recouvre exactement).

Exit donc un rétablissement de l’ISF – et a fortiori, un prélèvement exceptionnel sur les plus hauts patrimoines à la sortie de la ‘guerre’ dont nous a tant parlé Emmanuel Macron et ce qui a été fait à plusieurs reprises et dans de nombreux pays dont la France, l’Allemagne, les USA, l’Italie, le Japon ; exit la fin du Prélèvement Forfaitaire Unique des dividendes – la ‘flat tax’ qui s’est substitué à la taxation selon le barème progressif de l’impôt sur les revenus ; exit le retour aux niveaux antérieurs des prélèvements sur les stock-options ; exit la réintroduction de la tranche de la taxe sur les salaires supérieurs à plus de 150 000 €/an appliquée dans les métiers de la finance ; exit l’introduction de nouvelles tranches supérieures de l’impôt sur les revenus ; exit un alourdissement de la contribution exceptionnelle sur les plus hauts revenus (revenu fiscal de référence supérieure à 250 000 €) ; exit., exit, exit… Exit aussi la remise en question de toutes les mesures élargissant les avantages fiscaux fait ces dernières années sur les placements financiers.

Maintien annoncé par contre de l’économie faite depuis les deux premières années du quinquennat Macron sur le dos des plus pauvres avec la baisse de presque 10 € sur des APL touchées par près de 6.5 millions de bénéficiaires.

Feues aussi (avant même d’être nées) des solutions proposées par nombre d’économistes qui ont l’heur (je ne me prononcerai pas pour eux pour dire si c’est un bon-heur ou un mal-heur) de ne pas souscrire et de ne pas promouvoir la pensée néolibérale hégémonique : transformation des dettes d’Etat détenues par la BCE en dettes à très long terme, voire perpétuelles ; voire, tout simplement, leur annulation permettant ainsi aux Etats de retrouver des marges de manœuvres pour financer en particulier la transition écologique ; monnaie ‘hélicoptère’ – ce qui consiste à verser de l’argent directement sur les comptes des ménages ; mutualisation des dettes au niveau européen ; et je n’ose pas parler du financement directement par la BCE de certaines dépenses des Etats – par exemple, celles nécessitées par l’urgence climatique – sans passer sous les fourches caudines des marchés (i .e. des banques commerciales) ; …

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Par contre, on va ‘cantonner’ des dettes, les isoler éventuellement dans une structure ad hoc, pour ne les rembourser que dans très longtemps (30 à 50 ans).

On ne parle pas ici (bien sûr selon la doxa néolibérale ; malheureusement à mon avis) du financement de la reconstruction sociale / sociétale après des années et des années d’une imbécile et injuste austérité d’inspiration néolibérale ni des dettes à contracter pour ‘réparer’ et restaurer tous les services publics, non seulement l’hôpital (et plus généralement les services de santé) mais aussi l’enseignement, la protection et la solidarité sociales, la recherche, les transports publics, la justice, la culture, le maintien de l’ordre, le patrimoine, la production et la distribution d’énergie et d’eau, les infrastructures routières, ferroviaires et fluviales…

On parle encore moins des sommes à mettre en place pour réaliser une profonde et rapide transition écologique…

Non ! On parle ici des dettes liées à la crise sanitaire du coronavirus ; la « bonne » dette d’une certaine façon. Mais quid de la « mauvaise » dette, celle qui existait avant l’arrivée du Covid 19 ?

Les apôtres, les zélotes du néolibéralisme, nous disent déjà qu’il faudra, comme avant, la résorber.

Regardons juste la déclaration sur le sujet de Bruno Le Maire (qui reste ministre de l’économie dans le nouveau gouvernement Macron Emmanuel Jean Castex) ; il a affirmé il y a tout juste quelques jours, que « à un moment donné, il faudra aussi faire des efforts sur la dépense publique ». Ou encore ce qu’a dit en début de mois Pierre Moscovici (qu’Emmanuel Macron vient de nommer Président de la Cour des comptes) : pour lui, quand nous serons sortis de la situation d’urgence actuelle, « il faudra nous inscrire dans un rythme soutenu et régulier de redressement de nos finances publiques ».

Je voudrais porter une attention plus particulière aux déclarations de François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et par ailleurs soutien affiché d’Emmanuel Macron ; il exprime particulièrement bien la pensée néolibérale dominante. Ainsi, il préconise, une fois surmontées les conséquences du confinement, « d’avoir une politique à moyen terme de réduction de la dette clairement communiquée et assumée ». Et comme il récuse toute hausse d’impôts, cela devra passer par « une maîtrise de nos dépenses publiques ».

Il soutient aussi que « notre modèle public est trop couteux ». Ce qui signifie, je suppose, continuons d’y dépenser toujours moins, continuons de le casser ; et tant pis si, par exemple, une autre crise prouve une nouvelle fois que notre système hospitalier n’est pas à la hauteur. Il ajoute qu’ « il faut passer du bouclier public à la confiance privée » ; faut-il comprendre qu’il faut privatiser au maximum même si cela signifie qu’une large partie de la population française n’ait plus accès aux services publics même essentiels –cela étant déjà une réalité pour certains – et/ou ne puisse pas payer pour une bonne protection sociale.

Il énonce notamment cela sur l’écart entre les taux de dépenses publiques affichés par la France et les autres pays européens ; et il le fait sur la base d’arguments insuffisamment précis et qui en deviennent ainsi erronés. On peut notamment et utilement préciser – ce qu’il ne fait pas – que cet écart provient notamment – et même principalement – de choix différents dans la prise en charge publique / privée de la santé, des retraites, de la couverture sociale, de l’enseignement ; de choix concernant donc notre modèle public, notre modèle social, notre modèle de société. Mais il résulte aussi de modes de comptabilisation différents, en particulier en ce qui concerne les crédits d’impôts, ainsi que de dépenses de défense comparativement importantes en France.

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Pour faire face à ce « mauvais » endettement, il faudra donc selon les apologistes du néolibéralisme, procéder à de nouvelles mesures d’austérité. Ainsi, il faudra faire de nouvelles coupes dans les services publics et donc les dégrader encore plus tout comme il faudra accentuer toutes les dérèglementations financières, bancaires, monétaires, économiques, sociales, environnementales et aussi privatiser – et en conséquence, ouvrir à la concurrence – dans tous les secteurs, y compris la santé, l’éducation, la sécurité, le logement social, l’eau, l’énergie, les transports urbains, ferroviaires et aériens, les télécommunications, la culture…, même si une part de plus en plus large de nos concitoyen(ne)s restent ‘au bord du chemin’… Et in fine, cela conduira à une amplification des inégalités, les plus riches continuant à s’enrichir aux dépens des classes moyennes et laborieuses, dans un mouvement cumulatif sans fin.

C’est tout ce que nous avons connu ces dernières années ! Et qui, comme par le passé, nous sera présenté comme étant d’absolues et d’impérieuses nécessités !

C’est tout ce contre quoi nous devons nous battre pour que « le monde d’après ne soit pas comme le monde d’avant et a fortiori, qu’il ne soit pire ».

Il y a plein d’autres solutions que celles qui nous sont présentées actuellement par nos gouvernants.

Il faut que nous nous battions pour les promouvoir, pour créer un véritable changement, un véritable choc que je qualifie (par ordre alphabétique) de climatique, d’environnemental, d’humaniste (dans le sens de placer l’humain au centre, d’en faire la priorité) et de social.

Stephen Hawking : « la montée de l’Intelligence Artificielle pourrait être la pire ou la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’humanité ». C’est déjà ce que nous vivons aujourd’hui !

Stephen Hawking pensait que « la montée de l’Intelligence Artificielle pourrait être la pire ou la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’humanité ».

Mais c’est en fait ce que nous vivons déjà aujourd’hui !

Le professeur Stephen Hawking, un des plus célèbres scientifiques contemporains, est surtout connu pour ses travaux sur l’astronomie et plus particulièrement sur les trous noirs et sur l’expansion de l’univers. Les dernières années de sa vie pourtant, il s’est exprimé à plusieurs reprises sur l’Intelligence Artificielle.

L’une de ses premières interventions sur le sujet a été faite en décembre 2014 à la BBC : il exprimait alors ses craintes à ce que « le développement d’une intelligence artificielle ‘complète’ puisse mettre fin à l’humanité… [Qu’] une fois que les hommes auraient développé l’intelligence artificielle, celle-ci décollerait seule, et se redéfinirait de plus en plus vite… [Que] les humains, limités par une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés ».

Cette déclaration avait eu un retentissement d’autant plus important que quelques mois plus tard il signait, à côté de plus d’un millier de personnes dont une majorité de chercheurs en IA et en robotique, un appel pour faire interdire les armes létales autonomes ; à savoir les robots tueurs, les armes capables de sélectionner et d’attaquer des cibles, quelles qu’elles soient – y compris donc humaines – de façon autonome, sans l’intervention d’aucun être humain. Parmi les autres signataires, on trouve notamment le dirigeant de Tesla, Elon Musk, le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak et le fondateur de DeepMind, entreprise travaillant sur l’intelligence artificielle qui a été rachetée par Google, Demis Hassabis.

A côté des problèmes éthiques et juridiques que le développement de cette technologie suscite, les signataires posaient « la question clé de l’humanité, aujourd’hui, [qui] est de savoir s’il faut démarrer une course à l’armement doté d’IA ou l’empêcher de commencer ». Ils pointaient aussi les risques de dissémination de ces armes « dans les mains de terroristes, de dictateurs souhaitant contrôler davantage leur population et de seigneurs de guerre souhaitant perpétrer un nettoyage ethnique ».

Mais Stephen Hawking reconnaissait dans le même temps que les formes ‘primitives’ d’intelligence artificielle développées jusqu’à présent se sont déjà révélées très utiles. Il n’a ainsi pas hésité à déclarer en octobre 2016 que « l’IA pourrait être le plus important événement de l’histoire de notre civilisation ». Il indiquait notamment « qu’avec les outils de cette nouvelle révolution technologique, nous serons capables de défaire certains dégâts sur la nature de la précédente – l’industrialisation. Et nous pouvons espérer éradiquer enfin la maladie et la pauvreté ». En effet, l’IA rend notre vie plus aisée, plus facile, plus confortable ; nous en connaissons tous de multiples exemples.

Mais les inconvénients que constitue l’Intelligence Artificielle, même aujourd’hui où elle n’a pas atteint le niveau de complétude craint par Stephen Hawking, sont multiples.

Un des inconvénients qui vient rapidement à l’esprit est le remplacement de l’homme – et donc la progression du chômage. Et pas seulement pour des tâches mécaniques et répétitives mais pour des travaux parfois très complexes. Jusqu’à maintenant, il est toutefois admis que, globalement, le développement de l’utilisation de l’IA a créé plus d’emplois qu’il n’en a détruit.

Le premier exemple qui me vient à l’esprit est le répondeur automatique de notre fournisseur d’énergie ou d’accès à Internet ou de notre e-commerçant favori – et parfois honni – ou … ; nous avons tous été en contact à de nombreuses reprises avec ces ‘agents conversationnels’, ces ‘chatbot’. On peut aussi citer comme exemple les Transactions à haute fréquence – High Frequency Trading – réalisées sur les marchés boursiers par des algorithmes informatiques sans intervention humaine. Mentionnons également les avocats et l’arrivée dans leur métier de nouveaux acteurs tels que les LegalTech qui, certes, peuvent faciliter leur travail mais qui proposent aussi des offres de services juridiques en ligne, sans que l’un de ces professionnels du droit n’intervienne en chair et en os. Si on se projette dans le futur (proche ?), le développement des Camions Autonomes pourrait mettre au chômage une partie plus ou moins importante de toute une profession. La liste est longue !!!

Mais l’Intelligence Artificielle est aussi à la base de la reconnaissance faciale. Avec tous les problèmes que cela induit !

Amazone a annoncé ces derniers jours, interdire à la police pendant un an l’utilisation de son logiciel de reconnaissance faciale. Cette technologie utilisée aux USA depuis des années l’était en l’absence de tout cadre légal fédéral.

Mais ce qui a principalement motivé ce retrait, dans le contexte tendu suivant la mort de Georges Floyd, c’est le taux d’erreur important – à savoir le rapport entre les personnes identifiées comme criminelles du fait de leur ressemblance avec des photos présentes dans la base de données mais qui se sont révélées être totalement ‘innocentes’. Ce taux est tout sauf négligeable et selon les communications faites par des services de police aux USA mais aussi en Grande-Bretagne, il dépasse les 80% et peut atteindre 96% comme l’a reconnu il y a quelques jours le chef de la police de Détroit ! Il faut préciser en outre que la fiabilité de ces systèmes de reconnaissance faciale est moindre quand il s’agit de personnes non blanches.

Son utilisation potentielle pour cibler les minorités et pour envahir la vie privée est aussi mis en avant par Amazone. D’autres géants des hautes technologies de l’information et de la communication dont Google, Microsoft et IBM, se positionnent eux-aussi sur la même ligne.

Les possibilités de la reconnaissance faciale sont immenses. Elle peut être utilisée pour surveiller l’entrée de certains lieux. De nouvelles formes de paiement par reconnaissance faciale ont fait leur apparition il y a maintenant deux ans. Le système est déjà utilisé dans certains magasins pour détecter les émotions des clients et prévoir – et orienter – leurs comportements d’achat. On peut / pourra repérer certaines maladies sur le visage. On peut / pourra lire sur les lèvres. On peut / pourra détecter des « comportements suspects ». Etc., etc., etc…

Mais tous les gouvernements ne font pas preuve de la même retenue que les Etats-Unis. En Chine en particulier où on estime à plus de 200 millions le nombre de caméras en service, la reconnaissance faciale est présente dans le quotidien de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Et elle peut se révéler très intrusive ; même quand elle n’est pas utilisée comme un instrument de surveillance et de répression. Il est inutile de rappeler l’usage qui en est fait au Xinjiang contre la population Ouïghour ou à Hong-Kong contre les manifestants. Faut-il aussi rappeler le Crédit social ? Ce système vise à surveiller, évaluer, réglementer, sanctionner le comportement social, moral, financier et éventuellement, politique des citoyens chinois ; il repose pour une part significative sur la reconnaissance faciale.

Et en France ? On assiste à la mise en place de dispositifs de reconnaissance faciale à travers tout notre pays ! Plusieurs projets ont émergé à Nice, à Toulouse, à Valenciennes, à Metz. A Marseille et à Nice, la CNIL a rejeté deux projets de portique virtuel de contrôle d’accès dans des lycées tout comme à Saint-Etienne, elle n’a pas autorisé le projet de surveillance de certains quartiers. A Paris, la région Ile-de-France souhaite utiliser la reconnaissance faciale dans les transports en commun pour lutter, officiellement, « contre la menace terroriste ». Par ailleurs, des systèmes de reconnaissance faciale sont utilisés par des entreprises à des fins privées.

Ces utilisations de la reconnaissance faciale – dont, rappelons-le, la fiabilité est régulièrement remise en question – se déroulent dans un cadre juridique notoirement insuffisant pour protéger nos libertés individuelles et collectives, privées et publiques, de ces dispositifs de surveillance de masse.

En outre, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) interdit « l’’utilisation de la reconnaissance faciale sans le consentement des personnes qui y sont soumises ». Ce qui veut dire, me semble-t-il, que seuls les individus qui ont donné leur accord peuvent être identifiés par ces systèmes. Mais quid de l’utilisation que prônent certains, du fichier des Titres électroniques sécurisés qui concentre les données personnelles et biométriques de toutes les françaises et tous les français possesseurs d’une carte nationale d’identité ou d’un passeport ? Quid aussi de celle du fichier de traitement d’antécédents judiciaires qui regroupe plusieurs millions de français ? Ceux-ci n’ont pas forcément été condamnés mais il suffit pour y être inscrit qu’un agent de police judiciaire les suspecte d’être les auteurs ou les complices d’un crime ou d’un délit.

Le gouvernement français envisage par ailleurs de lancer, à l’instar de la ville de Londres il y a quelques années, une expérimentation de la reconnaissance faciale dans les lieux publics pour une durée de six mois à un an.

Il faudra que nous soyons tous très attentif à cette expérimentation, surtout dans sa dimension sécuritaire, et à l’évolution du cadre légal qui devrait la suivre.

En fait, je crains que, in fine, nous ne devions clamer haut et fort notre total refus de la société de surveillance que d’aucuns souhaitent nous imposer sous des motifs tous plus nobles et plus généreux les uns que les autres !

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PS : pour finir cet article sur une note un peu plus gaie, une citation empreinte de l’humour dont Stephen Hawking savait faire preuve : « la meilleure preuve que nous ayons que le voyage dans le temps n’est pas possible et ne le sera jamais, c’est que nous n’avons pas été envahis par des hordes de touristes venus du futur ».

A moins que la reconnaissance faciale n’ait pas fonctionné !