L’austérité : le retour ?

Je n’ai pas écouté l’interview d’Emmanuel Macron mardi dernier. Je n’en attendais rien et j’ai préféré déjeuner sans me presser. Quand j’ai regardé les différents ‘live’ de cet interview et que j’ai vu que l’information essentielle était l’annonce du port obligatoire du masque dans les espaces publics clos, j’ai su que je n’avais rien manqué. La lecture de la presse m’a surtout appris par la suite qu’Emmanuel Macron comptait continuer comme avant mais en prenant un « nouveau chemin » pour y arriver. Waouh !

La France se débat pourtant dans une crise économique, sociale, environnementale et sanitaire très importante ; l’occasion, si je peux paraphraser quelqu’un, de se réinventer !

Je ne vais pas analyser ici l’ensemble de ses déclarations. Juste deux ‘coups de gueule’ et, l’objet principal de ce billet, un certain focus sur la hausse attendue de l’’endettement et le retour de l’austérité que cela fait craindre.

Emmanuel Macron prévoit en effet un plan de relance « d’au moins » 100 milliards d’euros. Ceux-ci doivent être financés par l’endettement et, il faut le préciser pour être complet, par des aides européennes qu’il doit aller négocier dans le cadre du plan de relance européen à l’ordre du jour du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des 17 et 18 juillet à Bruxelles. Ce sommet a été prolongé le 19 juillet (jour de publication de cet article). On se demande vraiment, à cet instant, s’il débouchera sur quelque chose à la hauteur des crises que nous connaissons.

Cette hausse de l’endettement, surtout dans le contexte d’un nouveau gouvernement toujours acquis aux thèses du néolibéralisme, fait craindre le retour des mesures d’austérité qui ont été la marque de ces dernières années.

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Mon premier coup de gueule concerne la transition écologique et les suites de la Convention citoyenne sur le climat. A priori, hors l’annonce de faire figurer dans la Constitution la lutte contre le changement climatique par référendum à la Saint Glinglin « le plus vite possible », il n’y a rien eu d’autre que les grandes déclarations dont le Président a l’habitude de nous dispenser sur le sujet. Il aura fallu attendre le discours de politique générale de Jean Castex pour avoir quelques orientations et précisions, notamment budgétaires. Espérons que, cette fois, les actes suivront les paroles !

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Mon second coup de gueule concerne son (nouveau) mea-culpa sur ses « maladresses » et ses « phrases sorties de leur contexte ». En fait, Françaises, Français, soyons clair ! Si vous n’êtes pas totalement d’accord avec notre Président, c’est que vous n’avez pas compris ; vous n’avez pas compris ce qu’il dit, vous n’avez pas compris tout ce qu’il a fait pour vous depuis trois ans, vous n’avez pas compris sa vision de la France, de l’économie, du pacte social national, du monde, sa vision qui est la seule qui puisse exister. Ne croyez surtout pas que vous avez longuement et mûrement réfléchi, que vous vous êtes ainsi forgé une opinion structurée et argumentée et que, vraiment, vous n’êtes pas d’accord. Non ! Oubliez tout ça ! Vous n’avez pas compris ; il faut donc qu’on vous le réexplique.

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L’endettement public donc ! Il va augmenter fortement ; on s’attend qu’il passe de presque 100% à 120% du PIB ; hausse numériquement d’autant plus forte que le dénominateur diminue. On est bien au-delà des 90% qui, il y a peu encore, faisaient craindre le pire aux économistes orthodoxes / néolibéraux dont la pensée prédomine aujourd’hui. Et pourtant, dans le contexte où tous s’accordent maintenant sur le fait qu’il n’y a pas de niveau optimum d’endettement public, la France bénéficie d’une bonne signature et rien n’indique que cela devrait changer.

Pour y faire face, Emmanuel Macron nous assure qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts. Tout juste peut-être un décalage dans le temps de la disparition de la taxe d’habitation pour les plus aisés. En outre, les entreprises devraient voir diminuer leurs impôts « de production » (il faudra d’ailleurs que soit précisé ce que ce terme recouvre exactement).

Exit donc un rétablissement de l’ISF – et a fortiori, un prélèvement exceptionnel sur les plus hauts patrimoines à la sortie de la ‘guerre’ dont nous a tant parlé Emmanuel Macron et ce qui a été fait à plusieurs reprises et dans de nombreux pays dont la France, l’Allemagne, les USA, l’Italie, le Japon ; exit la fin du Prélèvement Forfaitaire Unique des dividendes – la ‘flat tax’ qui s’est substitué à la taxation selon le barème progressif de l’impôt sur les revenus ; exit le retour aux niveaux antérieurs des prélèvements sur les stock-options ; exit la réintroduction de la tranche de la taxe sur les salaires supérieurs à plus de 150 000 €/an appliquée dans les métiers de la finance ; exit l’introduction de nouvelles tranches supérieures de l’impôt sur les revenus ; exit un alourdissement de la contribution exceptionnelle sur les plus hauts revenus (revenu fiscal de référence supérieure à 250 000 €) ; exit., exit, exit… Exit aussi la remise en question de toutes les mesures élargissant les avantages fiscaux fait ces dernières années sur les placements financiers.

Maintien annoncé par contre de l’économie faite depuis les deux premières années du quinquennat Macron sur le dos des plus pauvres avec la baisse de presque 10 € sur des APL touchées par près de 6.5 millions de bénéficiaires.

Feues aussi (avant même d’être nées) des solutions proposées par nombre d’économistes qui ont l’heur (je ne me prononcerai pas pour eux pour dire si c’est un bon-heur ou un mal-heur) de ne pas souscrire et de ne pas promouvoir la pensée néolibérale hégémonique : transformation des dettes d’Etat détenues par la BCE en dettes à très long terme, voire perpétuelles ; voire, tout simplement, leur annulation permettant ainsi aux Etats de retrouver des marges de manœuvres pour financer en particulier la transition écologique ; monnaie ‘hélicoptère’ – ce qui consiste à verser de l’argent directement sur les comptes des ménages ; mutualisation des dettes au niveau européen ; et je n’ose pas parler du financement directement par la BCE de certaines dépenses des Etats – par exemple, celles nécessitées par l’urgence climatique – sans passer sous les fourches caudines des marchés (i .e. des banques commerciales) ; …

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Par contre, on va ‘cantonner’ des dettes, les isoler éventuellement dans une structure ad hoc, pour ne les rembourser que dans très longtemps (30 à 50 ans).

On ne parle pas ici (bien sûr selon la doxa néolibérale ; malheureusement à mon avis) du financement de la reconstruction sociale / sociétale après des années et des années d’une imbécile et injuste austérité d’inspiration néolibérale ni des dettes à contracter pour ‘réparer’ et restaurer tous les services publics, non seulement l’hôpital (et plus généralement les services de santé) mais aussi l’enseignement, la protection et la solidarité sociales, la recherche, les transports publics, la justice, la culture, le maintien de l’ordre, le patrimoine, la production et la distribution d’énergie et d’eau, les infrastructures routières, ferroviaires et fluviales…

On parle encore moins des sommes à mettre en place pour réaliser une profonde et rapide transition écologique…

Non ! On parle ici des dettes liées à la crise sanitaire du coronavirus ; la « bonne » dette d’une certaine façon. Mais quid de la « mauvaise » dette, celle qui existait avant l’arrivée du Covid 19 ?

Les apôtres, les zélotes du néolibéralisme, nous disent déjà qu’il faudra, comme avant, la résorber.

Regardons juste la déclaration sur le sujet de Bruno Le Maire (qui reste ministre de l’économie dans le nouveau gouvernement Macron Emmanuel Jean Castex) ; il a affirmé il y a tout juste quelques jours, que « à un moment donné, il faudra aussi faire des efforts sur la dépense publique ». Ou encore ce qu’a dit en début de mois Pierre Moscovici (qu’Emmanuel Macron vient de nommer Président de la Cour des comptes) : pour lui, quand nous serons sortis de la situation d’urgence actuelle, « il faudra nous inscrire dans un rythme soutenu et régulier de redressement de nos finances publiques ».

Je voudrais porter une attention plus particulière aux déclarations de François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et par ailleurs soutien affiché d’Emmanuel Macron ; il exprime particulièrement bien la pensée néolibérale dominante. Ainsi, il préconise, une fois surmontées les conséquences du confinement, « d’avoir une politique à moyen terme de réduction de la dette clairement communiquée et assumée ». Et comme il récuse toute hausse d’impôts, cela devra passer par « une maîtrise de nos dépenses publiques ».

Il soutient aussi que « notre modèle public est trop couteux ». Ce qui signifie, je suppose, continuons d’y dépenser toujours moins, continuons de le casser ; et tant pis si, par exemple, une autre crise prouve une nouvelle fois que notre système hospitalier n’est pas à la hauteur. Il ajoute qu’ « il faut passer du bouclier public à la confiance privée » ; faut-il comprendre qu’il faut privatiser au maximum même si cela signifie qu’une large partie de la population française n’ait plus accès aux services publics même essentiels –cela étant déjà une réalité pour certains – et/ou ne puisse pas payer pour une bonne protection sociale.

Il énonce notamment cela sur l’écart entre les taux de dépenses publiques affichés par la France et les autres pays européens ; et il le fait sur la base d’arguments insuffisamment précis et qui en deviennent ainsi erronés. On peut notamment et utilement préciser – ce qu’il ne fait pas – que cet écart provient notamment – et même principalement – de choix différents dans la prise en charge publique / privée de la santé, des retraites, de la couverture sociale, de l’enseignement ; de choix concernant donc notre modèle public, notre modèle social, notre modèle de société. Mais il résulte aussi de modes de comptabilisation différents, en particulier en ce qui concerne les crédits d’impôts, ainsi que de dépenses de défense comparativement importantes en France.

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Pour faire face à ce « mauvais » endettement, il faudra donc selon les apologistes du néolibéralisme, procéder à de nouvelles mesures d’austérité. Ainsi, il faudra faire de nouvelles coupes dans les services publics et donc les dégrader encore plus tout comme il faudra accentuer toutes les dérèglementations financières, bancaires, monétaires, économiques, sociales, environnementales et aussi privatiser – et en conséquence, ouvrir à la concurrence – dans tous les secteurs, y compris la santé, l’éducation, la sécurité, le logement social, l’eau, l’énergie, les transports urbains, ferroviaires et aériens, les télécommunications, la culture…, même si une part de plus en plus large de nos concitoyen(ne)s restent ‘au bord du chemin’… Et in fine, cela conduira à une amplification des inégalités, les plus riches continuant à s’enrichir aux dépens des classes moyennes et laborieuses, dans un mouvement cumulatif sans fin.

C’est tout ce que nous avons connu ces dernières années ! Et qui, comme par le passé, nous sera présenté comme étant d’absolues et d’impérieuses nécessités !

C’est tout ce contre quoi nous devons nous battre pour que « le monde d’après ne soit pas comme le monde d’avant et a fortiori, qu’il ne soit pire ».

Il y a plein d’autres solutions que celles qui nous sont présentées actuellement par nos gouvernants.

Il faut que nous nous battions pour les promouvoir, pour créer un véritable changement, un véritable choc que je qualifie (par ordre alphabétique) de climatique, d’environnemental, d’humaniste (dans le sens de placer l’humain au centre, d’en faire la priorité) et de social.

2 réflexions sur « L’austérité : le retour ? »

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